Le régime domanial dans la villa de Quenestine à Saintes

A l’époque mérovingienne, les terres saintoises étaient exploitées au profit d’une famille de l’aristocratie foncière. Sainte Renelde, patronne du village, serait la dernière représentante de cette illustre lignée. Ce serait elle qui, au VIIe siècle, aurait fait don à l’abbaye de Lobbes de sa villa de Saintes, qu’elle tenait de sa mère, cum quinque villis adjacentibus eorumque appendiciis. [Acta Sanctorum Belgii Selecta, IV, 640]

Il nous faut cependant attendre le IXe siècle pour que les textes nous livrent la première description de la terre de Saintes, alors appelée Quenestine. Elle nous est fournie par la descriptio villarum ou polyptyque de l’abbaye de Lobbes rédigé en 868-869. C’est cette description du domaine de Saintes à l’époque carolingienne qui servira de départ à toutes nos investigations.

Une mise au point préalable !

Mais avant cela, il convient de dire un petit mot des différents auteurs qui ont utilisé ce polyptyque et les listes de biens de l’abbaye, et en particulier la description de la villa de Saintes. Le dernier auteur à avoir examiné de près cet ensemble documentaire lobbain et à en avoir fait l’édition critique est Jean-Pierre Devroey. C’est cette édition, la nomenclature qui y est utilisée et les datations qui y sont soigneusement établies que nous suivrons ici. C’est pour ne pas avoir eu recours à cette dernière édition et pour n’avoir pas tenu compte de l’analyse critique et de la datation précise qui y est donnée, que certains auteurs se sont fourvoyés encore récemment en utilisant ces documents. C’est le cas de Jan Verbesselt, dont il sera question plus loin, mais surtout de P. Pringels et M.-L. Bosman (Ham juxta Sanctas) qui ont publié une étude où les confusions abondent au point qu’elles rendent leur travail peu utilisable.

Bien avant Devroey, Joachim Vos (1865) avait déjà fait connaître la liste longue. Elle a ensuite été publiée par Charles Duvivier (1865) et par A.K. (1868). A leur suite, Th. Lejeune (1882) édite la liste longue, qu’il qualifie de polyptyque et qu’il date de 868-869. Joseph Warichez (1907) reprend l’édition de la liste longue, qu’il met en relation avec une liste plus courte qu’il a retrouvée et qu’il considère comme plus archaïque. Enfin, le même auteur publia (1909) une description de certains domaines de Lobbes.

Warichez date la liste longue, qu’il qualifie de polyptyque, de 868-869. Pour lui, la liste courte est une version plus archaïque de ce même polyptyque. La description qu’il a découverte, daterait pour lui de 866, sur la base d’une ancienne annotation. Elle est connue par une copie du XVIIIe siècle. Warichez fait remarquer qu’elle est incomplète, puisqu’elle ne décrit que 42 domaines, alors que les deux versions du polyptyque en énumèrent, l’une 137, l’autre 184.

Avant l’étude minutieuse de Jean-Pierre Devroey, on considérait donc qu’il y avait un polyptyque datant de 868-869, énumérant une série de domaines, dont il existait deux versions, l’une plus archaïques, l’autre rajeunie et plus détaillée. A côté de ce polyptyque, il existait une description fragmentaire des domaines de Lobbes, qui reprenait 42 villae et dont on fixait la rédaction en 866.

Jean-Pierre Devroey a fait un mise au point magistrale sur la question et il convient, désormais de suivre ses analyses et de rejeter celles de ses prédécesseurs.

Plus récemment, Jan Verbesselt (2000) a publié une note conséquente sur le village de Saintes au Moyen Age. Cet ouvrage a été publié en 2000, mais son texte était rédigé depuis fort longtemps, près de vingt ans sans doute. Il n’a donc pas profité du renouvellement des connaissances à propos du polyptyque et des listes de biens de Lobbes apporté par l’étude de J.-P. Devroye. Il faut également se méfier des retranscriptions que Verbesselt donne, car elles sont souvent erronées. Il y développe une théorie très personnelle, que nous ne pouvons suivre. C’est pour nous en écarter délibérément que nous l’évoquons ici, même si cela risque de paraître quelque peu compliqué au lecteur.

Pour cet auteur, la Vita de sainte Renelde rapporte la donation, à l’abbaye de Lobbes, de Saintes et de cinq autres villae et toutes leurs dépendances (Nam celestis regni clavigero, Sanctas cum quinque villis appenditiisque earum omnibus tradidit). Plusieurs auteurs ont tenté d’identifier les cinq autres domaines cédés par Renelde. Verbesselt doute qu’il faille trouver ces cinq villae et leurs dépendances en dehors de Saintes !

Pour lui, le polyptyque – en réalité la liste longue (fin Xe s – 1038) qu’il croit dater de 868-869 – ne mentionne pas nommément ces cinq villae, mais cite Saintes et ses dépendances (Sanctis cum appenditiis). Il recourt ensuite à la liste courte (vers 889), qui dans son esprit est une autre version du même polyptyque, pour faire remarquer qu’il est alors question de Nahtinas sive ad Sanctas, et à la liste longue où il est question en premier lieu de Gnactinis, et en second lieu de Sanctis cum appenditiis. Il s’agit donc, pour lui, de deux domaines distincts. Enfin, il fait remarquer que dans la Descriptio villarum – qui est en fait le véritable polyptyque (868-869) -, qu’il date de 866, il est uniquement question de Nachtinas, qu’il faut identifier avec Quenestine à Saintes.

Or Quenestine est, selon ses dires, un coin oublié tout près de la Laubecq, le centre du domaine. A son avis, les deux endroits devaient faire partie d’un même ensemble. Nachtinas doit être considéré comme le centre domanial ; ad Sanctas ou Sanctis cum appenditiis, comme un ensemble plus large. Il considère enfin que dans la Descriptio, villa Nactinas correspond au mansus indominicatus, que l’on retrouve au Bas Mayen Age comme étant la Laubecq, et que le reste de Saintes, ce sont les tenures qui dépendaient de la réserve domaniale.

Non seulement il considère que Quenestine, d’une part, Saintes et ses dépendances d’autre part, sont deux villae distinctes, mais il se demande aussi si les entités que l’on rencontre plus tard à Saintes, à savoir Mussain, Wisbecq, Herbecq, ne sont pas justement issues de ces « dépendances » ou petites villae. Avec Quenestine-Laubecq et Saintes, il compte cinq entités différentes, qui seraient autant de villae. Dès lors, dit Verbesselt, pourquoi chercher en dehors de Saintes les villae données par Renelde à Lobbes ? Pour cet auteur, l’hypothèse qu’il défend est aussi bonne qu’une autre. Pourquoi chercher dans différents pagi ces cinq domaines alors qu’il est possible de les situer dans la même région ?

Nous ne pouvons suivre un tel raisonnement. D’abord, Jan Verbesselt considère, à tors, que les deux listes et la Descriptio villarum sont différentes versions d’un même document et datent à peu près de la même époque. Jean-Pierre Devroye a démontré qu’il n’est était rien.

La description de la villa de Nachtinas (= Quenestine), dans le polyptyque, ne distingue nullement, comme le prétend Verbesselt, d’une part une réserve domaniale (mansus indominicatus), et d’autre par des tenures dépendantes (mansi) qui constitueraient la villa de Saintes. L’ensemble se rapporte bien au domaine de Quenestine, comme l’indique très précisément le texte : Est in villa Nachtinas mansus indominicatus … Sunt ibi mansi … Supersunt ibi alii mansi seviles … Sunt ibi haistaldi … De nutrimento invenimus ibi …

Ensuite, Verbesselt ne cite que quatre domaines, hormis Saintes : Mussain, Wisbecq, Herbecq, et
Quenestine/Laubecq, puisque, d’après lui, ces deux dernières dénominations s’appliquent au même centre domanial. Il manque donc la cinquième entité !

La mention de « Saintes et dépendances » dans la liste longue des biens de l’abbaye de Lobbes date de la fin du Xe ou du début du XIe siècle (avant 1038). On est loin du IXe siècle et de son organisation domaniale. Le territoire saintois primitif est alors sans doute déjà morcelé en plusieurs entités sous l’action de la féodalité. Reporter cette situation plus d’un siècle et demi auparavant paraît peu sage et nous ne nous y risquerons pas. De plus, ce type de mention, à savoir une église ou un village (villa signifie alors village plutôt que domaine agricole comme aux époques plus anciennes) et ses dépendances, tend à se multiplier au XIe siècle et se généralisera pas la suite.

Nous rejetons donc l’hypothèse de Jan Verbesselt. Le domaine carolingien de Saintes n’était pas morcelé au point de compter un domaine principal et 5 petites villae qui en dépendaient, celles-là même qui auraient été données, en même temps que Saintes, à l’abbaye de Lobbes, par sainte Renelde.

Cet inventaire détaillé s’est limité à enregistrer la composition de la manse conventuelle. Il présente néanmoins un tableau relativement complet de chaque possession. Le vocabulaire utilisé (invenimus ibi ex nutrimento) témoigne de l’intervention d’enquêteurs venus de l’abbaye pour procéder à l’inventaire du domaine de Quenestine.

L’occasion d’exploiter ce texte est trop belle pour ne pas la saisir. Nous pourrons ainsi nous faire une idée du système domanial tel qu’il était en vigueur à Saintes au IXe siècle, excellent point de référence à partir duquel nous pourrons aisément apprécier l’évolution qui aboutira à la seigneurie de Saintes.

La réserve seigneuriale

Est in uilla Nachtinas mansus indominicatus de terra arabili bunaria- CXX de prato bunaria- VI siluam de glande iuxta estimationem ad porcos XX saginandos. Sunt ibi molendina II sine censu cambae III de unaquaeque libram I.

La description du domaine débute par la réserve. On omet d’y dénombrer les bâtiments de la curtis dominicale, le rédacteur commençant par l’évaluation des terres arables en bonniers – 120 bonniers de terres arables -, des prés – 6 bonniers de prés -, et des bois. Ceux-ci sont estimés par le système classique du nombre de porcs à la glandée : un bois estimé à 20 porcs à la glandée.

Moulins et brasseries sont ensuite énumérées, avec l’indication de leur revenu : il y a là 2 moulins qui ne doivent aucun cens, et 3 brasseries qui doivent chacune 1 livre.

En dehors du domaine central de Lobbes-Thuin, les villae décrites dans le polyptyque présentent une structure bipartite (réserve – manses). Les données fournies par le texte ne permettent malheureusement pas d’envisager l’étude de l’ensemble de la réserve, car seuls certains éléments de celle-ci sont décrits. Le centre domanial avec ses différents bâtiments, par exemple, n’apparaît pas, probablement parce qu’il ne donnait lieu à aucune redevance ou à aucun payement et que le but poursuivit par les rédacteurs était d’enregistrer soigneusement les sources de revenus de l’abbaye.

Dans le même ordre d’idée, il n’est pas question d’église, ce qui a d’ailleurs fait dire à certains [Pringels & Bosmans] qu’il n’y en avait pas encore à Saintes au IXe siècle. Une telle affirmation est en contradiction avec bien d’autres textes (utilisés d’ailleurs par les mêmes auteurs), notamment ceux relatifs à la tradition hagiographique de sainte Renelde. Si l’église de Saintes n’est pas citée ici, c’est soit parce qu’elle n’appartenait pas à l’abbaye de Lobbes, soit parce qu’elle ne lui procurait pas de revenu particulier ou digne d’être enregistré dans le polyptyque.

Les tenures

Sunt ibi mansi XVIIII qui soluunt aequalem censum omni anno de spelta modia- XV et de auena modia- XII et porcum de XII denariis de lino fusa XXX et ad tertium annum soluunt uaccam I et ipso anno non soluunt annonam et pullos IIII unusquisque et oua X.

Supersunt ibi alii mansi seruiles VIII qui faciunt uuactas et bracem et farinam et modium I donant de humblone et pullum I et oua V.

De ipsa uilla soluunt in hoste VIII solidos inter omnes et ad uineas faciunt carros II.

Sunt ibi haistaldi XIII ex his soluunt VII censum unusquisque denarios XII feminae X unaquaeque soluit denarios II.

Le rédacteur passe ensuite à la description des tenures. Le mode de rédaction est fortement résumé et indique le type et le nombre de manses et mentionne les charges supportées par l’un d’entre eux :

S’’y trouvent 19 manses qui payent tous les ans un cens égal à 15 muids d’épeautre, 12 muids d’avoine, un porc de 12 deniers, 30 fusées de lin ; et la troisième année, ils payent 1 vache, et cette année-la ils ne payent pas de récolte en céréales ; et chacun 4 poules et 10 oeufs.

S’y trouvent aussi 8 autres manses qui sont serviles, qui font le service de garde, le brassin et la mouture de la farine et ils donnent 1 muid de houblon, 1 poule et 5 oeufs.

De cette villa ils payent entre tous 8 sous pour l’ost et font 2 charruages pour le vin.

S’y trouvent 13 « haistaldi » parmi lesquels 7 payent chacun un cens de 12 deniers et 10 femmes chacune 2 deniers.

Comme partout au IXe siècle, la forme dominante d’exploitation paysanne dépendante est le manse. Devenu progressivement héréditaire, le manse est au IXe siècle une tenure, concédée à une ou plusieurs familles, à laquelle sont attachées une certaine étendue de terre et des droits d’usage. Le manse assure la subsistance de ses occupants moyennant l’exécution régulière de charges en argent, en nature et/ou en travail.

La villa de Quenestine comptait 8 manses serviles et 19 manses libres, ce qui fait un total de 27 tenures. Il est fort probable que si le rédacteur distingue ici différents types de manse, c’est moins pour noter un statut juridique éventuel de la tenure ou de ses occupants que pour comptabiliser le nombre de tenures astreintes aux obligations militaires. Le service d’ost, en effet, pesait uniquement sur les manses libres.

Des tenanciers, nous ne savons rien, ni leur nombre, ni leur statut. Les seuls pour lesquels nous avons quelques indications sont les haistaldi, groupe de paysans qui occupent une place en marge des structures domaniales classiques. Il s’agirait de dépendants vivant dans les limites du domaine sans être investis d’une tenure héréditaire mais jouissant comme l’ensemble de la communauté paysanne des droits d’usage. Dans le polyptyque de Lobbes, ils sont les seuls à acquitter un cens capital au IXe siècle. A Quenestine, les hommes – ils étaient 13 – payaient un chevage de 12 deniers et les femmes – on en recensait 10 – de 2 deniers.

Si le texte n’offre que peu de renseignements sur les hommes qui peuplaient la villa, en revanche, il est moins avare en ce qui concerne les charges qui pesaient sur les paysans.

Il y a d’abord les charges en monnaie. Elles occupent une place modeste dans le système de charges imposées par Lobbes dans ses villae. A Quenestine, outre le chevage des haistaldi, elles n’apparaissent que sous la forme d’une redevance forfaitaire payée par l’ensemble des manses ingénuiles afin de se libérer de leurs obligations militaires.

Les charges en nature, elles, sont considérables. Sans doute, à l’origine, la charge acquittée par le paysan était-elle fixée à un certain pourcentage de la récolte, mais au IXe siècle déjà, celle-ci a fait place à des redevances fixes.

Aucune charge en travail fixée d’après la durée, en jours de travail par année ou par semaine, n’apparaît dans la description de la villa de Quenestine. On y relève cependant des charges en travail fixées d’après la tâche. Si des charges aussi classiques que le lot-corvée, la corvée de fenaison et le service de charrois de bois sont totalement absentes des contributions du manse, les charrois à longue distance concernant le transport du vin font, par contre, l’objet d’une organisation plus structurée. Dans la plupart des domaines, ces services de transport sont supportés par la collectivité des tenanciers des manses. A Quenestine, la contribution s’élevait à 2 charrées. Enfin, parmi toutes les villae de Lobbes, les seuls tenanciers des manses serviles de Quenestine devaient des services de fabrication : confection du brassin, mouture de la farine et exécution de garde.

L’analyse des systèmes de charge dans l’ensemble des villae de Lobbes fait apparaître une très nette prééminence des charges en nature et en monnaie sur les prestations de services. Il semblerait que l’hypothèse d’une omission par le rédacteur de la plupart des services généralement attestés au IXe siècle ne résiste pas à une analyse approfondie du texte. Le taux extrêmement faible des charges en travail décrites dans le polyptyque paraît donc être le reflet d’une situation réelle.

La surcharge évidente des livraisons en nature amorce peut-être une tentative d’explication. Il semble évident qu’à Lobbes, la mise en valeur de la réserve échappait totalement au schéma classique du domaine bipartite, dans lequel une part importante des terres de la réserve était cultivée par les corvées et les autres services des mansionnaires. Ici, la ponction seigneuriale privilégie de manière écrasante la rente en nature par rapport à la rente en travail. Cela explique les quantités importantes de céréales exigées des tenanciers ingénuiles.

En effet, en dehors d’une contribution collective de 2 charrées pour le transport du vin, les 19 manses ingénuiles ne doivent aucun service. Par contre, les livraisons en nature sont importantes : deux années sur trois, les tenures doivent 15 muids d’épautre et 12 d’avoine; la troisième année, le cens céréalier n’est pas perçu, mais à la place ils payent une contribution d’une vache chacun; en plus, ils doivent une taxe de rachat collective de 8 sous pour l’ost, et chacun, 4 poules, 10 oeufs, 30 fusées de lin et 1 porc de 12 deniers.

Comment, dès lors, la réserve qui s’étendait sur 120 bonniers de terre arable pouvait-elle être cultivée ? Les 8 manses serviles ne paraissent pas avoir supporté des charges de travail considérables. Reste alors deux hypothèses : la mise en culture par une familia servile non chasée ou l’appel à des journaliers agricoles, prébendiers ou salariés. Si les preuves directes d’un emploi de serfs non-chasés manquent, cela n’a malheureusement guère de signification : les polyptyques ne mentionnent que de manière tout à fait exceptionnelle leur présence.

Quoi qu’il en soit, il semble que nous sommes en présence, à Saintes, d’une villa bipartite dont les deux éléments constitutifs – réserve et manses – se sont développés de manière indépendante. Un système « classique » pur aurait d’ailleurs supposé, dans le chef du seigneur qui le mettait en oeuvre, des capacités d’organisation qui n’étaient pas à la portée de n’importe quel maître du sol. Les conditions locales – dimension de la villa, type de culture, éloignement du centre domanial principal, ancienneté du village, … pouvant très bien exiger des formes différentes d’exploitation.

Les revenus

De nutrimento inuenimus ibi uaccas V cum uitulis anniculis III et iuniculam I porcos XXX.

Fuerunt ibi de [185] spelta praesenti anno corbes LX inter aduenam et ordeum modia- DC de faba modia- X de piso modia- X.

Sunt in summa de argento omni anno LXXV solidi et denarii X de spelta corbes XVIIII de aduena modii CCXXVIII porci XVIIII uaccae XVIIII in tertio anno de lino [190] fusa DLXX.

La description de la villa de Saintes s’achève par le récapitulatif des revenus qu’elle procurait à l’abbaye.

Le cheptel recensé n’apparaît pas très important, tout au plus 5 vaches avec 3 génisses âgées d’un an et une jeune vache, 30 porcs. Une trentaine de porcs, une dizaine de bovins, le domaine de Saintes n’était visiblement pas axé sur l’élevage, mais biens sur la production de céréales. C’est d’ailleurs confirmé par le rapport entre les terres arables (120 bonniers) et les prés (6 bonniers) de la réserve, même si les bois et les terres en friches servaient également au pacage du bétail. L’absence de boeufs et de chevaux est étonnante. En réalité, il devait y en avoir, sans quoi la mise en culture des terres serait impossible. Il s’agit d’un indice de plus que le rédacteur ne reprend dans son inventaire que ce qui pourra être consommé directement par l’abbaye ou lui procurera un revenu. Les animaux de trait, tout comme les bâtiments d’exploitation et même l’église ne sont pas mentionnés.

La production agricole trouvée sur place s’élevait cette année-là à 60 corbeilles d’épeautre (= 900 muids ?), 600 muids d’avoine et orge, 10 muids de fèves et 10 muids de pois. Ces quantités sont-elles indicatives de la seule production annuelle de la réserve ? Sans doute puisque l’inventaire ajoute qu’au total, on récolte là cette année une somme de 75 sous 10 deniers, 19 corbeilles d’épeautre, 228 muids d’avoine, 19 porcs, 19 vaches tous les 3 ans et 570 fusées de lin, ce qui correspond assez précisément aux redevances dues par les manses.

  • 19 manses x 15 muids d’épeautre : 285 muids soit 19 corbeilles de 15 muids chacune
  • 19 manses x 12 muids d’avoine : 228 muids
  • 19 manses x 1 porc : 19 porcs pour une valeur de 12 denier x 19 : 228 deniers
  • tous les 3 ans 19 manses x 1 vache : 19 vaches
  • 19 manses x 30 fusées de lin : 570 fusées
  • seule la somme en monnaie ne semble pas correspondre !

Bibliographie sélective :

  • Polyptyque de l’abbaye de Lobbes (868-869)
  • A.K., Inventaire des villas du monastère de Lobbes, dans Documents et rapports de la Société paléontologique et archéologique de l’arrondissement de Charleroi, t. 2, 1868, pp. 83 et suiv.
  • J.-P. DEVREOEY, Le polyptyque et les liste de biens de l’abbaye de Lobbes (IXe-XIe siècles), Bruxelles, 1986. (C.R.H.).
  • C. DUVIVIER, Recherches sur le Hainaut ancien du VIIe au XIIe s., Bruxelles, 1865, pp. 307 et suiv.
  • Th. LEJEUNE, Monographie archéo-historique … , dans Documents et rapports … , t. 12, 1882, pp. 235-239.
  • P. PRINGELS et M.-L. BOSMAN, Ham juxta Sanctas … [ouvrage à utiliser avec la plus grande prudence !].
  • J. VERBESSELT, Het parochiewezen in Brabant … , Saintes, pp. 329-392.
  • J. VOS, Lobbes, son abbaye et son chapitre … , t. 1, pp. 419-426. [à voir]
  • J. WARICHEZ, L’abbaye de Lobbes … , pp. 180-195.
  • J. WARICHEZ, Une « Descriptio villarum » de l’abbaye de Lobbes à l’époque carolingienne, dans BCRH, t. 78, 1909, pp. 249-267.

 

© Luc DELPORTE – 10/08/2019

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