Les fiefs de la seigneurie de Saintes

Fiefs et vassaux

Le seigneur de Saintes avait des vassaux dont les fiefs étaient parfois situés en-dehors de la paroisse primitive (Saintes et Bierghes).  Nombreux étaient les fiefs mouvant de Saintes situés dans l’agglomérat de Pepingen, sans que l’on sache exactement pourquoi.  On en trouvait à Bellingen, Pepingen, Bogaarden, Beert, Heikruis et Petit-Enghien.

Quelques fiefs relevant du seigneur de Saintes furent cédés par leurs tenanciers à des institutions religieuses.  Ces donations, qui nécessitaient l’autorisation du seigneur, ont parfois laissé des traces dans les archives de ces institutions ecclésiastiques.

Si l’on en croit un dénombrement de la seigneurie de Saintes de 1781, les arrières-fiefs de Saintes étaient au nombre de 45 à la fin de l’Ancien Régime.  Des registres des fiefs de la seigneurie de Saintes ont été conservés, mais n’ont pas encore été exploités. [Sources : AEMons, OP, 852, 859, 860, 861, 863, 872, AGR, GSB, 9378]  Le plus ancien remonte à 1503.

Comme les héritages, les fiefs pouvaient être de nature extrêmement variée : des courtils, des terres, des prés, des pâtures, des maisons, des rentes féodales, etc.  Leur étendue pouvait être considérable ou, au contraire, ne couvrir que quelques verges.

Les fiefs se transmettaient suivant des règles spéciales.  Celui qui recueillait un fief était redevable à son suzerain de droits de succession appelés droit de relief, services ou droit de cambrelage.  Dans la plupart des seigneurs, le taux du camberlage était uniformément de 30 sous blancs, soit 64 sous ou 3 livres 4 sous tournois.  C’était le cas à Saintes pour les fiefs liges.  Les fiefs amples, eux, n’en devaient que la moitié, soit 32 pattars. [AGR, GSB, 9378]

Le détenteur d’un fief pouvait le vendre, l’arrenter, le grever de rentes ou le louer.  Comme pour les héritages, le seigneur exigeait du vassal qui aliénait un fief un droit de mutation.  Aux Temps Modernes, ce droit était souvent désigné sous le nom de « droit seigneurial ».  Mais il s’agissait plus précisément du « droit de quint », c’est-à-dire que le seigneur percevait 20% du prix.  Ce droit de mutation rapportait environ 50 florins par an au seigneur de Saintes. [AEM, OP, 851]

Quelle que soit la façon dont il était devenu propriétaire de sa tenure, le fieffé n’en était pleinement titulaire que le jour où il en avait fait le relief.  Deux opérations étaient nécessaires : le relief proprement dit et le rapport-dénombrement.

Le fief devait être relevé dans un délais d’un an à dater du changement de main, devant le suzerain ou, le plus souvent, son bailli, par le fieffé lui-même ou par son procureur.  Le seigneur condescendait à recevoir le payement du relief, puis entendait le serment de foi et d’hommage.  A Saintes, le relief d’un fief ample revenait à 7 florins 12 pattars; celui d’un fief lige, à 10 florins 13 pattars.  Cette somme comprenait le droit de cambrelage, le « droit pour le bailly », le « droit de seel », le payement des hommes de fief et du sergent, ainsi que la rédaction de l’acte de relief et de dénombrement.

L’hommage était un acte par lequel un individu se faisait ou se reconnaissait l’homme de l’autre; les mains du vassal, jointes à celles du seigneur, exprimait cette tradition de soi au seigneur.  Le baiser, parfois donné par le seigneur au vassal, était une marque de fidélité, sans être cependant un acte essentiel.  Ce rite s’accompagnait d’un bref dialogue : le vassal déclarait devenir l’homme du seigneur, et celui-ci le recevait comme tel.  La présence des pairs (hommes de fiefs) du nouveau vassal était requise et leurs noms, avec leurs sceaux, figuraient dans l’acte qui était dressé.  A l’hommage s’ajoutait ordinairement un engagement personnel de fidélité.

Le rapport-dénombrement devait suivre le relief de 40 jours au maximum, mais en fait, il se donnait souvent aussitôt après celui-ci.  Par cet acte, le vassal spécifiait la situation et la qualité du fief, en décrivait la consistance et déclarait le revenu annuel qu’il représentait.  Cette déclaration était mise par écrit et parfois scellée par les témoins.

Le défaut de relief exposait le vassal négligent à être poursuivi judiciairement devant la Cour féodale et privé, aussi longtemps que se prolongeait le défaut, de sa tenure.

Le vassal s’engageait également à ne pas « adroiturer » son fief devant une autre Cour et surtout à servir de « pair » au sein de la Cour féodale de son seigneur.

La Cour féodale était essentiellement une cour de pairs : tous les hommes de fief qui la composaient y siégeaient au même titre, avec les mêmes droits, l’espèce et l’importance relative des tenures de chacun n’étant considéré en aucune façon.  Ce service de Cour resta, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le principal devoir qui incombait aux possesseurs d’un fief.  Cette Cour servait également de tribunal pour tous les conflits et les délits relatifs aux fiefs.

Les fiefs relevant de Saintes avant 1500

  • Fief  tenu de Pierre de Saintes par le chevalier Charles de Hautecroix à Ham, consistant en 12 bonniers de bois (ca 1201)

Douze bonniers de bois, situés à Ham, donnés peu avant 1201 à l’abbaye de Ninove par l’intermédiaire de Pierre de Saintes qui intervient en qualité de seigneur de Charles de Hautecroix.

Un membre d’un lignage de chevaliers portant le nom d’un village voisin situé au nord de Saintes et de Bierghes possédait des biens à Ham, sous Bierghes.  Ce dernier fit don d’un bois de 12 bonniers à l’abbaye de Ninove, devenue propriétaire depuis une quinzaine d’année d’une importante court à Saintes (court puis seigneurie foncière de Herbecq).  Ce bois doit très probablement être considéré comme un morceau du grand bois de Strihout, voisin de Ham.  Pierre de Saintes intervient comme seigneur de Charles de Hautecroix, ce qui signifie que le bois en question faisait partie d’un ensemble plus vaste sur lequel le seigneur de Saintes exerçait son autorité.

  • Fief situé à Bierghes, dont dépendait deux arrières-fiefs (1242)

Le 2 octobre 1242, Thomas, comte, et Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut, investissent l’église Saint-Waudru de Mons d’un fief situé à Bierghes, que Wautier, chanoine de Lobbes, fils de Pierre de Saintes, chevalier, avait vendu à cette église.  Ce fief comprenait 2 bonniers tenus par Egeric de Wisembeke (= Wisbecq) et 7 bonniers moins 1 journel tenus par René de Rognon.

Il n’est pas dit que ce fief seigneurial (puisqu’il comprend des arrières-fiefs), situé à Bierghes, relevait exactement de la seigneurie de Saintes.  Peut-être s’agissait-il d’un fief relevant directement du comté de Hainaut, ce qui expliquerait l’intervention du comte et de la comtesse de Hainaut.  Peut-être aussi s’agissait-il d’un alleu.

  • Fief comprenant, entre autres, une dîme située à Pepingen (1250)

Le 16 mars 1250, Hugues, seigneur de Saintes, faisait savoir que Walter de Ter Loo (Walterus de Lothse) avait renoncé à tout le fief qu’il tenait de lui en faveur de son fils Jean.  Comme le prescrivait la coutume, Walter le remit dans les mains de son seigneur, Hugues de Saintes, afin que celui-ci puisse le transmettre intégralement à Jean.  Cette formalité accomplie, Jean remit dans les mains de son seigneur, Hugues de Saintes, une dîme, qui faisait partie de ce fief, pour qu’elle puisse être transférée à l’hôpital Saint-Jean de Bruxelles.  Le seigneur de Saintes cède alors la propriété de cette dîme à l’hôpital, en présence des échevins de Pepingen, où la dîme était située, moyennant le payement d’un cens annuel de 2 deniers de Bruxelles, à verser à perpétuité le jour de la fête de saint Remi.  [P. BONENFANT, Cartulaire de l’hôpital Saint-Jean de Bruxelles, pp. 114-115]  L’acte signale comme témoins, les hommes de fief d’Hugues : Henri de Quehain (ferme et lieu-dit à Saintes/Bierghes), Jordan son frère, Colin de Saintes, Hanebald, Gérard de Bauterbrugge (seigneurie à Bogaarden), Walter de Streethem (ferme à Beert), Walter de Bogaarden, Henri de Streethem.  Pour sa sécurité et celle de l’hôpital, Hugues, seigneur de Saintes, demanda ensuite à Siger, seigneur d’Enghien, d’apposer son sceau à côté du sien.  Cela se fit en présence de Jean de Marcq (dominus Jehannes de Merke) et d’Englebert de Heide (dominus Ingelbertus de Heide), hommes du seigneur d’Enghien.

Les seigneurs de Ter Loo (ferme et château à Bellingen) étaient donc vassaux du seigneur de Saintes.  Le fief qu’ils tenaient de lui devait avoir une certaine importance puisqu’il comprenait entre autres une dîme qui en fut détachée pour être cédée à l’hôpital Saint-Jean de Bruxelles.  Le reste du fief demeura à son tenancier.  Cette dîme perd alors son caractère féodal et est transformée en tenure à cens, ce qui explique la présence des échevins de Pepingen.  On remarquera également les noms des vassaux d’hugues, présents comme pairs de Walter et de Jean de Ter Loo, tels que Bautebrugge, Streethem, Bogaarden, autant de localisation située au nord de Saintes !

La donation est ensuite confirmée par un acte de Siger, seigneur d’Enghien, où il signale avoir entendu les hommes du seigneur de Saintes, que Jean de Ter Loo (Johannes de Loothe) et son père Walter, avaient renoncé dans les mains d’Hugues, seigneur de Saintes, à une dîme située dans la paroisse de Pepingen en faveur de l’hôpital de Saint-Jean de Bruxelles.

Sans doute le seigneur d’Enghien n’assista-t-il pas en personne à la transaction.  Le second acte fut certainement émis lorsque les hommes du seigneur de Saintes se présentèrent devant le seigneur d’Enghien pour le prier d’apposer son sceau à l’acte original.  Tout cela pourrait faire penser que le seigneur d’Enghien agit comme suzerain d’Hugues de Saintes, mais c’est peu probable.  D’abord, cela n’est spécifié nulle part, ce qui n’aurait pas manqué d’être le cas s’il y avait un lien de subordination entre le seigneur de Saintes et celui d’Enghien pour ce fief.  Ensuite, Saintes n’a jamais relevé d’Enghien, même si les seigneurs de Saintes étaient vassaux des puissants Enghien pour d’autres biens.  L’intervention de Siger d’Enghien semble se faire à la demande du seigneur de Saintes et doit plutôt être vue comme une garantie supplémentaire accordée à l’hôpital.  Mais cela montre aussi toute l’influence que pouvaient avoir les Enghien sur les seigneurs voisins, notamment celui de Saintes.

  • Fief tenu d’Hugues de Saintes par Siger du Pont et Egerius de Wisbecq, consistant en 5 bonniers, dont 1 journel de pré, vendu à l’abbaye de Cambron et transformé en tenure à cens.  (1257)

En 1257, Hugues de Saintes, fait savoir que Siger du Pont (Sygerus de Ponte) et Egerius de Wisbecq (Egerius de Wisembeke), ses hommes de fief, tenaient de lui, à Saintes (in territorio de Saintes) 5 bonniers, dont environ 1 journel de pré, qu’ils vendirent à l’abbaye de Cambron.  pour que l’abbé et le couvent de Cambron puissent prendre possession de cette tenure, les deux vassaux d’Hugues remirent les terres et le pré entre les mains du maire Nicolas (in manus Nicolaï villici).  Le maire et les échevins de Saintes transférèrent les terres et le pré à l’abbaye pour les tenir à l’avenir comme héritages (tenures à cens).  De son côté, Hugues donna son consentement comme seigneur du lieu, autorisant même l’abbaye, si elle le désirait, à y installer une maison.  Si une court ou une grange s’y développait, elle pourrait bénéficier des privilèges de l’Ordre cistercien, mais cependant Hugues se réservait la justice sur ces terres.  Tous les animaux que l’abbaye élèverait dans cette exploitation pourraient également jouir des droits de pâture, comme les autres hommes de sa seigneurie.  L’abbaye de Cambron devra également payer à l’abbaye Saint-Pierre de Lobbes les redevances qui lui sont dues pour ces terres et au seigneur de Saintes, pour chaque bonnier que tiendra quiconque, 2 deniers blancs par an durant l’octave de la fête de la nativité de Jean-Baptiste.

  • Seigneurie ? du « fief de Saintes » tenue du seigneur de Saintes par les seigneurs du Pont-à-Wisbecq (1346)

Fief tenu du seigneur de Saintes « en quelconque parties u menbres que li dis fiefs gise u s’estenge ».  Justice sur ce fief.  Les seigneurs du Pont apparaissent au XIIIe siècle comme les vassaux du seigneur de Saintes pour des biens situés à Bierghes.  La famille du Pont relevait également (mais depuis quelle époque au juste ?) d’autres fiefs du seigneur de Saintes, dont celui dont il est question ici.  La description faite par l’avis de père et mère de 1346 est malheureusement trop vague pour se faire une idée de la contenance exacte de ce fief ou de sa situation.  Les cartulaires de fiefs de la seigneurie de Saintes conservés, fort tardifs il est vrai, ne nous en apprennent pas davantage.

  • Seigneurie ? de Thiembecq tenue du seigneur de Saintes par les seigneurs du Pont-à-Wisbecq (1346)

Fief « de Thienebecque » tenu du seigneur de Saintes, consistant en cens, rentes, eux « et tout chou qui au dit fief appartient ».  Justice sur ce fief.  Ce fief n’apparaît pas dans les cartulaires ultérieurs.

Reliefs de fiefs au cours du temps

  • Fief lige d’un demi bonnier sur la couture de Lambroucq à Pepingen (1502/1562/1565/1662)

Cartulaire de 1502 : Guillaume Colyns tient un fief lige de 1/2 bonnier de terre gisant en la paroisse de Pepingen, sur la couture appelée Lambroucq, tenant à la rue du Seigneur, à Messire Pierre d’Erbaix, chevalier, de deux côtés, à l’héritage Henri Collins.

Cartulaire de 1562 : Pierre, fils Ange, tient un fief lige d’1/2 bonnier de terre gisant à Pepingen, sur la couture appelée Lambroucq, tenant à la rue du Seigneur, à Mr d’Erbaix de deux côtés, à Henry Collins.  Pierre Colins a relevé au bailly de Mr de Wargny ce fief, puis Josse Huart et Guillaume Lepot, le 9 novembre 1624.

Cartulaire de 1565 : Pierre, comme ci-dessus.

Cartulaire de 1662 : Ledit Colins, au lieu de Pierre, tient un fief lige de 1/2 bonnier de terre labourable, gisant en la paroisse de Pepingen, sur la couture de Lambrouck, tenant à la rue du Seigneur, à Mr d’Erbaix de deux côtés, à Henry Colins.  D’une autre main : « il appert par l’ancien cartulaire écrit en parchemin de l’an … que ledit demy bonnier n’est pas fief ».  De la même main, écrit peu après 1720 :  » Le Sr Pierre Colins, écuyer, seigneur del Dael, héritier du Sr Jaspar Colins, seigneur de Thy au cartulaire précédent fol. 18 le Sr Charles Colins, seigneur d’Heetvelt, tien un fief liege contenant demy bonnier de terre labourable en la paroisse de Pepinghe sur la couture de Lambroucq Buling, tenant à la rue de Seigneur, à l’héritage duit sr. Colins, à monsieur Raverschat, et aux héritages d’Herbaix de deux cotez ».

  • Fief lige de 6 journels de terre à Bellingen (1619/1633) [exemple de défaut de relief et plaid du bailli tenu à Mons !]

Fief tenant de trois côtés à la rue de Seigneur, et aux héritages des hoirs Meulmans.  Jean et Olivier Crispeels l’ont vendu en mai 1619 à Guillaume Crispeels, leur oncle.  Ce dernier avait négligé d’en faire le relief et hommage jusqu’au 21 avril 1632.  Pour effacer 13 années de défaut de relief, pendant lesquels Guillaume Crispeels a joui des fruits de ce fief, le seigneur de Saintes, Jean Servais, demande à disposer des fruits de ce fief durant autant d’années.  Le 8 avril 1633, il donna lettre de procuration à Gilles Potier, avocat devant la Cour à Mons.  Celui-ci déposa cette plainte devant le bailli et les hommes de la terre de Saintes pour être traitée lors du prochain plaid.  Le bailli déclara tenir ses plaids en sa maison à Mons, rue de la Potterie en sa salette, le mercredi 20 avril 1633 à 11 h du matin. [Papier de G.P. SPEECKAERT, conservés par L. Delporte – original : Lettre de procuration (copie) faite par Jean Servais, seigneur de Saintes, le 8 avril 1633).

  • Fief de 10 journels sur le Champ des Epines

Jean Nerinckx, homme de fief de la seigneurie de Saintes, né vers 1585, pour 10 journaux sur le Champ des Epines. [H. DOUCHAMPS, La famille Nerinckx de Brages, p. 31]

  • Fief lige relevant de la seigneurie de Saintes à Herbecq (1627)

Le 15 mai 1627, relief fait par Messire Frédéric de Marsselaer, chevalier, seigneur de Perck, Elewyt, bourgmestre de Bruxelles, d’un fief lige tenu et mouvant de la seigneurie de Saintes, situé à Saintes au lieu-dit « Herbecques », qui lui revient par le trépas de son beau-frère Guillaume de Bernaige.

  • 3 fiefs en une pièce au Petit Roest, paroisse de Bellingen, contenant ensemble 8 bonniers (1648/1690)

Relevé le 26 août 1641 par le Rd père Thomas Boom, recteur du collège des Jésuites de Halle.  Homme vivant et mourant : Ph. Rijnacx, décédé en 1673 ou 1674 environ.  Aucun relief n’avait été fait à cette occasion et les droits seigneuriaux n’avaient pas été acquittés depuis.  Le 9 janvier 1690, une convention entre les Jésuites de Halle et la dame de Saintes réglait définitivement le problème.  Les Jésuites de Halle furent astreints à payer la somme de 300 florins à la dame de Saintes pour acquitter les droits qu’ils avaient omis de payer jusqu’ici.  L’accord prévoyait pour l’avenir que les Rds pères Jésuites de halle payeraient désormais la somme de 300 florins pour droit de relief tous les 45 ans, le prochain terme étant le 1er de l’an 1735.  [Papier G.P. SEECKAERT, conservé par L. Delporte – original]

Les Jésuites du Collège de Halle possédaient au XVIIe siècle 3 fiefs relevant de la seigneurie de Saintes, contenant ensemble 8 bonniers de bois, situés dans la paroisse de Bellingen, au lieu-dit Petit-Roest, le tout en une pièce.  Ces fiefs furent relevés le 26 août 1641 (époque de leur acquisition ?) par le Révérend Père Thomas Boom, recteur des Jésuites de Halle, au nom de son collège.

Comme il s’agissait d’une institution de mainmorte, un homme vivant et mourant, Ph. Rijnacx, avait été désigné.  A la mort de ce dernier, intervenue vers 1673-1674, les Jésuites omirent de renouveler le relief de ces fiefs, ce qui, des années plus tard, provoqua un conflit entre la dame de Saintes et les Jésuites de Halle.

Pour régler le problème, les deux parties conclurent un accord le 9 janvier 1690.  Les Jésuites devraient tout d’abord s’acquitter du droit de relief éludé par le passé.  Celui-ci, précise l’accord, devait être proportionnel à la valeur des fiefs au moment du trépas de l’homme vivant ou mourant.  En considération du respect que la dame de Saintes éprouvait à l’égard du Révérend Père Ernest Frijdagh, recteur des Jésuites de Halle, elle consenti à limiter ce droit à la somme de 300 florins.

La convention prévoyait également, pour l’avenir, que les Jésuites seraient tenus de payer, tous les 45 ans, semblable somme de 300 florins au seigneur de Saintes.  Le prochain payement était fixé au 1er de l’an 1735.

Il était également prévu qu’en cas de vente ou de dessaisissement des fiefs par les Jésuites de Halle, la dame jouira automatiquement de ses droits habituels et disposerait donc à nouveau de la possibilité de prétendre aux reliefs des fiefs et autres droits seigneuriaux.

Mais les Jésuites de Halle ne possédaient pas seulement ces trois fiefs sous la seigneurie de Saintes.  Ils avaient également acquis la cense de Fournehaut, alias Petit Cense [de Laubecq ?] de Marie de Bruijne, veuve de feu le sieur Corduanier.  De cette ferme dépendait 4 ou 5 bonniers tenus de la seigneurie de Saintes.  Comme institution de mainmorte, les Jésuites étaient également tenus de désigner un homme vivant et mourant, ce qu’ils ne firent apparemment pas.  En outre, ils étaient tenus au payement des rentes seigneuriales sur ces 4 à 5 bonniers; droits qui furent éludés.  L’accord de 1690 prévoyait le payement d’une somme de 120 florins pour décharge des sommes dues par les Jésuites à ce titre.  A l’avenir, les Révérends Pères Jésuites de Halle s’obligèrent à payer à la seigneurie de Saintes la somme de 25 florins tous les 45 ans.  Ici aussi, le premier payement était fixé au 1er de l’an 1735.

Une clause particulière prévoyait encore que la dame de Saintes pouvait prétendre aux arriérages des rentes seigneuriales dues en raison de son bail par Robert Dequesne, censier de la cense de Fournehaut.

Cet accord entre la dame de Saintes et le Collège des Jésuites de Halle fut signé le 9 janvier 1690, en présence des hommes de fief du Hainaut et de la Cour de Mons.

Signature de la dame de Saintes V V Achlen, du recteur Ernest Frijdagh, de J. Vanbellingen et A. Deschamps.

 

© Luc DELPORTE – 30/10/2017.

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