Le château de Saintes

Ancienneté du château

Il n’y avait pas de château de Saintes avant la seconde moitié du XVIIe siècle, alors que les seigneurs de Mussain, du Pont-à-Wisbecq et même de Ramelot possédèrent vite le leur.  Cette particularité trouve sans doute son explication dans le règlement d’avouerie de 1173.

Pour opposer une digue à la puissance croissante de leurs avoués locaux, l’abbaye de Lobbes fit intervenir le comte de Hainaut et interdire aux avoués de Saintes de construire une demeure fortifiée dans la villa.

Le seigneur de Saintes possédait malgré tout un manoir dans la localité, mais il n’ résidait certainement déjà plus au XIVe siècle.  Les seigneurs du Pont-à-Wisbecq sont alors seigneurs principaux du village et résident dans leur manoir de Wisbecq.  Leurs successeurs, de la grande lignée des Enghien-Ramerupt, ne résidaient plus dans la localité, du moins jusqu’à Antoine d’Enghien et sa fille Anne d’Enghien, qui résidaient dans leur château de Wisbecq.  Par la suite, les seigneurs de Saintes sont des étrangers au village.  Cela explique qu’ils n’aient pas bâti un château sur leur terre saintoise.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Hélène Robertine van Maele, dite de Malinez, dame de Saintes, décida de se construire une demeure de plaisance sur sa terre saintoise.  Elle avait racheté Saintes en 1656, au décès de son époux Jean-Aurèle Servais, seigneur de Saintes, pour la somme de 46.000 florins. [AEM, OP, 853, 855, 856]  « Cette seigneurie ne comprenait plus alors une pouce de terre sauf le moulin à vent ». [AEM, OP, 851]  Elle se mit alors à acquérir « plusieurs parties de terres, prez et pastures pour faire le château, jardin, basse cour, censes, etc. » [AEM, OP, 871]  L’ensemble de ces terres devaient reconstituer le « gros » de la seigneurie et appartenir au propriétaire du château.

Par chance, on a conservé un petit croquis de ce premier château, datant de 1662.  On remarquera que la dame de Saintes avait incorporé à son domaine une parcelle particulière, puisqu’il s’agit de la « place du marché ». [AEM, OP, 850]  Cette place appartenait à la communauté villageoise et fut cédée le 24 mai 1679 pour la somme de 100 florins.  Selon le plan du château, cette place aurait déjà été cédée en 1662 par les manants de Saintes, mais on n’aurait pas procédé à la deshéritance à ce moment.  Cette place comprenait une fosse dans laquelle les habitants s’étaient réservé le droit d’abreuver leurs bestiaux.  La dame de Saintes était, en outre, « chargée de nettoyer et faire wider la dite fosse et la digue, aussi d’entretenir le chemin contigu le dit héritage cédé ».

Hélène Robertine van Maele résida, semble-t-il dans son nouveau château jusqu’à la date de sa mort, en 1704.  Ce ne fut plus le cas de ses successeurs jusqu’en 1751, date à laquelle le Olmen de Poederlé entrèrent en possession de la seigneurie.  Eugène-Joseph d’Olmen de Poederlé, l’éminent botaniste et auteur en 1772 du Manuel de l’herboriste et du forestier belgique, acclimata plusieurs espèces exotiques dans le parc du château de Saintes.  C’est là également qu’il prit des notes météorologiques jusqu’à la veille de sa mort.

Le château de Poederlé

Ce château, entièrement reconstruit depuis, et son parc existent toujours.  Il porte aujourd’hui le nom de « château de Poedelé », en hommage aux derniers seigneurs du village, et se trouve à une centaine de mètres en contrebas de l’église.

Propriétaires depuis la Révolution française

En 1813, le baron de Poederlé devient maire de Saintes.  Son fils Philippe lui succède ensuite dans cette charge.

En 1846, le baron de Poederlé était, après la baronne de Mussain, le second propriétaire en importance de Saintes.  Il y possédait 131 ha.  Le revenu cadastral de ses propriétés bâties se montait à 827 frs et celui de ses propriétés non bâties à 7.877 frs.

Dans le titre d’acquisition de Mr Adolphe Dupont, père (PV de vente publique, notaire Damians à Bruxelles, 27/08/1889), on trouve :

Que Mr Sélim d’Olmen, baron de Poederlé, possédait le château de Poederlé par la succession de son père, le baron Hippolyte Ernest Louis Eugène Ghislain d’Olmen de Poederlé, vicomte de Saint-Albert, en son vivant propriétaire à Saintes, décédé à Bruxelles le 13 7bre 1872 et par lui avoir été attribué dans un partage intervenu entre lui et Mlle Hortense Charlotte Ghislaine d’Olmen de Poederlé, propriétaire à Bruxelles; et Mme la baronne de Roest d’Alkmade, née Blanche Marie Victoire d’Olmen de Poederlé, ses frères et soeurs, avenu devant le notaire Martroye [?] à Bruxelles, le 26 juin 1873;

Et que du dit partage, il résulte que Mr Sélim d’Olmen de Poederlé et feu le baron Hippolyte de Poederlé ont eu, des biens situés à Saintes, successivement ensemble pendant plus de trente ans à titre de propriétaires la possession publique, paisible et ininterrompue.

Sélim d’Olmen, baron de Poederlé, a, suivant PV d’adjudication du notaire Dedoncker à Bruxelles du 22/01/1883, vendu à Mr Antoine Leclercq, le château de Poederlé et des terres en dépendant.

Antoine Leclercq est décédé à Olne, le 24/02/1884, laissant 4 enfants :

  • Adèle Leclercq, épouse Pierre Spreux à Tournai
  • Nicolas Leclercq, industriel à Olne
  • Joseph Leclercq, agronome à Olne
  • Charles Leclercq, industriel à Olne

Lesquels, par le PV de vente publique précité du notaire Damians, du 27 août 1889, ont vendu le dit château et une partie des terres en dépendant à Mr Adolphe Dupont, alors notaire à Hal, puis à Bruxelles.

La vente se fit les 13 et 27 août 1889, en l’estaminet tenu par Mme veuve Léopold Lebecq « Salon Ste Cécile ».  [Une affiche originale de cette vente publique est possédée par Luc Delporte – don de Henriette Demeure]

Adolphe Dupont est décédé à Saintes – bourgmestre de la commune – le 24 janvier 1918, laissant deux fils encore en vie, MM. Arthus et Joseph Dupont, et ce dernier a racheté les droits de son père par acte du notaire Vanisterbeek à Bruxelles, le 17 février 1920.

 

© Luc DELPORTE – 29/10/2017;

 

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