L’origine de la communauté villageoise de Saintes

Dès le XVIe siècle, les mentions de la « communauté » se font moins rares dans les documents.  Sans doute était-ce déjà une réalité auparavant, sans que le terme soit explicitement utilisé dans les textes.

Au milieu du XVIe siècle, il est question de la « plussame partie de la communauté de laditte seignourie de Sainctes ».

Les documents des XVIIe et XVIIIe siècles évoquent souvent la « communauté de Saintes et du Pont-à-Wisbecq », les habitants des seineuries de Saintes et du Pont-à-Wisbecq étant « cotisés » ensemble dans les « aides et impositions » qui frappaient le village.  La seigneurie de Mussain continuera longtemps à constituer une unité fiscale distincte.  Sur la base des dénombrements de foyers, c’était déjà le cas au XVIe siècle.

L’origine de cette division doit être trouvée dans le morcellement seigneurial du terroir saintois.  L’union des seigneuries de Saintes et du Pont-à-Wisbecq aux mains des mêmes seigneurs dès la première moitié du XIVe siècle explique probablement que les habitants de ces deux seigneuries ont fini par faire partie d’une seule et même entité administrative, mais surtout fiscale.  Lorsque, plusieurs siècles plus tard, la seigneurie du Pont-à-Wisbecq connut à nouveau un destin différent de celle de Saintes, l’habitude de les traiter conjointement du point de vue administratif et fiscal était bien ancrée et elle perdura jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.  La seigneurie de Mussain, par contre, continua à être « cotisée » à part. La seigneurie d’Herbecq, traitée distinctement de la seigneurie de Saintes au XIVe siècle, a de toute évidence été absorbée dans l’entité fiscale saintoise par la suite.  Jamais la seigneurie de Ramelot n’est citée explicitement dans les dénombrements de foyers.  Insignifiante du point de vue démographique, elle a sans doute toujours été intégrée dans l’entité fiscale de Saintes.

La détention de la haute justice par une seigneurie, ce qui était le cas de Saintes, du Pont-à-Wisbecq et de Mussain, semble avoir permis le maintient de ces seigneuries comme unités fiscales et donc potentiellement comme communauté villageoises.

Mussain était une seigneurie avec justice haute, moyenne et basse, qui disposait d’un mayeur et d’échevins, et qui constituait une entité fiscale distincte de celle de Saintes.  Mais peut-on parler à son propos d’une véritable communauté rurale ?  Son poids démographique médiocre, l’absence de lieu de culte particulier, la communauté de droits d’usages avec ceux de Saintes et de Wisbecq, empêcha probablement qu’il en soit ainsi.

Sans l’union personnelle des seigneuries de Saintes et du Pont-à-Wisbecq pendant plusieurs siècles, il est fort possible que le hameau de Wisbecq ait finit par constituer une communauté rurale distincte.  Regroupé autour du château de leurs seigneurs, les habitants de Wisbecq possédaient leur propre église, même si elle n’était pas paroissiale.  Des mayeurs et échevins de Wisbecq sont cités dans les textes.  Les conditions étaient donc réunies pour que Wisbecq s’émancipe du village de Saintes et se constitue en entité juridique, sociale et économique particulière, en somme en une véritable communauté rurale.  Or, il n’en fut rien.  On peut d’ailleurs s’interroger sur la portée exacte des mentions d’échevinages pour Mussain et pour Wisbecq.  Ne s’agit-il pas plutôt de simples cours censales, qui prirent le nom d’échevinages ?  Il ne semble en tous cas pas que ces deux juridictions aient, par exemple, fait « oeuvre de loi ».

L’échevinage de Saintes, par contre, semble bien avoir toujours eu une position dominante.  Il semble bien avoir étendu son ressort juridique sur l’ensemble du territoire paroissial, et ce n’est pas la relative autonomie fiscale de Mussain, qui pourrait infirmer cette impression.

On peut donc conclure que la communauté villageoise de Saintes – d’autres utilisent plutôt le terre de communauté rurale – correspond au ressort paroissial avec, en son sein, deux entités marquées par une autonomie toute partielle, Mussain et le Pont-à-Wisbecq.

Du point de vue fiscal, plusieurs entités sont clairement attestées dans les dénombrements de foyers.  Ce morcellement est très ancien puisqu’il apparaît déjà au XIVe siècle.  L’absence de sources fiscales antérieures ne permet pas de déterminer si c’était déjà le cas auparavant, mais cela semble bien probable.

  • 1365 : Saintes (prévôté de Mons) 140 feux – Herbecq (châtellenie de Braine-le-Comte) 18 feux.
  • 1406 : Saintes – Mussain – Wisbecq – Herbecq (baillaige d’Enghien) 47 feux.
  • 1424 : Saintes – Mussain – Wisbecq – Herbecq 96 feux
  • 1444 : Saintes (châtellenie de Braine-le-Comte) 122 feux
  • 1469 : 140 feux
  • 1531 : Saintes et Pont-à-Wisbecq 111 feux – Mussain 16 feux
  • 1540-1541 : Saintes 130 feux – Mussain 17 feux
  • 1553 : Saintes 257 feux – Mussain 26 feux
  • 1560-1561 : Saintes 114 feux – Mussain 18 feux

 

© Luc DELPORTE – 18/08/2017.

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