Les possessions de l’abbaye de Cambron à Saintes (ca 1250-1298)

L’abbaye de Cambron bénéficia de diverses donations de terres situées à Saintes, semble-t-il à partir du milieu du XIIIe siècle. Elle finit par les vendre à la fin du même siècle à Marie de Rethel, dame d’Enghien, qui en dota l’hôpital quelle fonda à Rebecq. En 1257, Hugues de Saintes, fait savoir que Siger du Pont (Sygerus de Ponte) et Egerius de Wisbecq (Egerius de Wisembeke), ses hommes de fief, tenaient de lui à Saintes (in territorio de Saintes) 5 bonniers, dont environ un journel de pré, qu’ils vendirent à l’abbaye de Cambron. Pour que l’abbé et le couvent de Cambron puissent prendre possession de cette tenure, les deux vassaux d’Hugues remirent les terres et le pré dans les mains du maire Nicolas (in manus Nicholaï villici). Le maire et les échevins de Saintes transférèrent les terres et le pré à l’abbaye pour les tenir à l’avenir comme héritages (tenures à cens). De son côté, Hugues donna son consentement comme seigneur du lieu, autorisant même l’abbaye, si elle le désirait, à y installer une maison. Si une court ou une grange s’y développait, elle pourrait bénéficier des privilèges de l’Ordre cistercien, mais cependant Hugues se réservait la justice sur ces terres. Tous les animaux que l’abbaye élèverait dans cette exploitation pourraient également jouir des droits de pâture, comme les autres hommes de sa seigneurie. L’abbaye de Cambron devra également payer à
l’abbaye Saint-Pierre de Lobbes les redevances qui lui sont dues pour ces terres et au seigneur de Saintes, pour chaque bonnier que tiendra quiconque, 2 deniers blancs par an durant l’octave de la fête de la nativité de Jean-Baptiste.

Pour G.P. Speeckaert [Manuscrit, p. 51], c’est cette donation qui est rappelée dans un acte de 1292, émanant d’un autre Hugues, seigneur de Saintes :

« Jou, Hues, sires de Saintes, fait savoir à tous, ke comme debas fust entre mi d’une part et labbet et le couvent de camberon d’autre part, en loquison dou dont et del aumone ke Hues Daghelet de Saintes et Maroie sa femme avaient fait jadis à ledite église de Camberon … ». [DE REIFFENBERG, Monuments, II, Cartarum de Hauruth, LVIII]

La date de la donation d’Hugues Daghelet de Saintes n’est pas précisée. Il ne doit pourtant pas s’agir de la vente des 5 bonniers effectuée en 1257. En effet, cette donation était faite par Siger du Pont et Egeric de Wisbecq, Hugues de Saintes ne faisant que donner son accord comme seigneur supérieur des deux vendeurs. Par contre, il autorisa l’abbaye de Cambron d’user de la commune pâture. Peut-être est-ce ce droit qui suscita quelques difficultés à la fin du XIIIe siècle.

Le 2 septembre 1292, Jean, seigneur de Lens, fait savoir qu’Hugues de Saintes a fait une donation à l’abbaye de Cambron d’une partie du revenu du fief qu’il tient de lui.

« Nous Jehans, sires de Lens en Brabant, faisons savoir à tous et spécialement à tous nos hommes de fief ke nous mettons en no liu Stassart Despres, porteur de ces lettres, pour soumonre nos hommes et pour iestre ou Hues, sires de Saintes, nos hom de fief se desirite de siet quertiers devoine, de deux capons et II sols de vies louvignois, ki est dou fief kil tient de nous et pour aireter bien et a loy hommes religieus, labbet et le couvent de Cambron. Et pour chou que soit ferme chose et estable, nous avons ces lettres saillées de no saiel. Chou fut fait lan del Incarnation Jhesucrist M.CC. quatre vins et donze, le jour de Saint Mikiel ». [Ibidem, LIX]

L’abbaye entra en possession d’autres terres à Saintes, sans que l’on sache exactement comment, car elle y possédait 24 bonniers à la fin du XIIIe siècle. En janvier 1297 (1298 n.s.), elle les vendit à Marie, dame d’Enghien. Vers 1300, Marie, dame d’Enghien, et son fils Walter, fondèrent à Rebecq un hôpital dédié à la Vierge. Marie dota cet établissement d’une série de biens qu’elle acheta à cet effet. Parmi ces biens, on cite un manoir, avec jardin et 28 bonniers de terres et prés, situé à Rebecq et acheté à Alard de Ham ; 24 bonniers de terres et prés à Saintes, achetés en janvier 1297/1298 à l’abbaye de Cambron ; 36 bonniers de bois contigus à la forêt de la Houssière sur Ittre, acquis le 1er mars 1306-1307 ; 16 bonniers à Pedebek, sur Kester et Leerbeek, etc. [J. TARLIER et A. WAUTERS, Histoire des communes belges, Rebecq, p. 172]

G.P. Speeckaert [Manuscrit, p. 51] suppose que les biens de Cambron ne devaient pas être plus étendus et qu’ils furent aliéné en une fois, car il n’est plus jamais fait mention de cette abbaye dans les acte ultérieurs relatifs au village de Saintes. Il ne semble en tous cas pas que l’abbaye de Cambron ait profité de l’autorisation donnée par Hugues de Saintes en 1257 d’y construire une ferme, car elle n’est pas citée lors de l’achat par Marie de Rethel, dame d’Enghien, et on n’en trouve aucune trace par la suite dans les archives de l’hôpital de Rebecq.

 

Luc DELPORTE – 06/08/2017.

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *