La présence de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Saintes

L’Ordre des hosptialiers de Saint-Jean de Jérusalem ne possédait pas de terres à Saintes, mais une rente conséquente à prélever sur la seigneurie de Saintes. C’est Pierre, seigneur de Saintes, qui la céda aux hospitaliers en 1207. Cette rente était encore prélevée à la fin de l’Ancien Régime. En 1385 et en 1454, elle fut l’objet de conflits et d’accords pour son payement.

La donation de 1207

Au tournant des XIIe et XIIIe siècle, le seigneur de Saintes s’appelait Pierre. Comme beaucoup de chevaliers de son époque, il prit part à la croisade, sans aucun doute la quatrième (1202-1204). Peut-être accompagnait-il son prince, le comte Baudouin VI de Hainaut, futur empereur de Constantinople. L’armée de Baudouin VI gagna d’abord Venise puis s’empara pour le compte du Doge de la ville de Zara. La 4e croisade fut alors détournée vers Constantinople, finalement prise par les croisés. Jamais elle n’atteignit Jérusalem. On ne sait pas grand chose de la croisade de Pierre de Saintes, si ce n’est qu’il fut prisonier des « païens ». Libéré grâce à l’intervention des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il rentra dans son village de Saintes. Pour remercier l’Ordre des bienfaits prodigués en le libérant et en lui sauvant donc la vie, Pierre de Saintes se donna à la Maison de Saint-Jean de Jérusalem en qualité de « confrère ». Il céda aux hosptialiers, en 1207, une rente conséquente de 5 muids d’avoine et 30 chapons, payable le lendemain de la Noël. Cette rente était prélevée sur ses revenus de la terre de Saintes.

Le conflit et le jugement de 1385

L’acquitement de la rente cédée en 1207 posa parfois quelques problèmes. Ce fut le cas dans la seconde moitié du XIVe siècle où un conflit éclata entre les hospitaliers et le seigneur de Saintes. Les détails de l’affaire nous échappent, mais le commandeur de la Maison de l’hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Gaspendoren, Guillaume de Lattre, en appela à la cour de Mons pour obtenir la condamnation du seigneur de Saintes au payement de la rente. La cour fit droit à la requête du commandeur. Le 6 mars 1385 (n.st.), Simon de Lalaing, sire de Quiévrain, sénéchal d’Ostrevant, chevalier, comme bailli de Hainaut, fit connaître le jugement intervenu en cour de Mons. Le seigneur de Saintes, « Ernoul dit li Reuve de Lacq », à titre de sa femme « la demoiselle de Diellebeque », fut condamné à payer annuellement la rente de 30 chapons et 9 rasières d’avoine, à la mesure de Saintes, sur ses revenus de Saintes.

Le conflit et le jugement de 1454

Au milieu du siècle suivant, un autre jugement fut rendu par la cour de Mons pour imposer le payement de cette rente. Un grave conflit – dont on ignore malheureusement tout – fit rage dans le village entre, d’une part, Englebert d’Enghien, seigneur de Saintes, et, d’autre part, le seigneur et la dame de Steenkerque et Pincquart de Gavre, dit d’Hérimetz, c’est à dire les seigneurs de Mussain. Le conflit fut tel que la terre de Saintes fut « gouvenée par main de sergant ». Il est vraisemblable que la rente ne fut plus alors payée aux hospitaliers. Le 11 novembre 1454, Jean de Croy, seigneur de Chimay, grand bailli de Hainaut, fit connaître l’arrêt pris en cour de Mons, qui ordonnait le payement aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem des termes arriérés de la rente due sur la terre de Saintes.

Cette rente grevait toujours la terre de Saintes à la fin du XVIIIe siècle.

Bibliographie :
L. DEVILLERS, Inventaire analytique des archives des commanderies belges, Mons, 1876, pp. 29, n° 124; 57, n° 212; 67, n° 237.

Les armoiries de Saintes

Les armoiries anciennes du village de Saintes étaient de Sinople (= vert) à une croix de Malte d’or (= jaune), c’est-à-dire celle-là même que portait les hospitaliers. Ce devait être les armoiries des seigneurs de Saintes au XIIIe siècle et plus probablement encore celles de Pierre de Saintes après 1207.

Luc DELPORTE – 06/08/2017.

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