Les seigneurs de Saintes : Hélène-Robertine van Male dite Malinez (1656-1704)

Les seigneurs de Saintes : Hélène-Robertine van Male dite Malinez (1656-1704)

Armoiries van Male de Malinez : écartelé; aux 1er et 4e, d’or à la croix ancrée de gueules; aux 2e et 3e, d’azur au chevron d’or, accompagné de trois  coquilles d’argent.

Armoiries van Achelen : d’argent au renard rampant de gueules. Casque coronné.  Cimier : le renard issant entre un vol à l’antique d’argent.

Hélène-Robertine van Male dite Malinez était fille d’Aurèle-Augustin van Male dit Malinez (ou Malineus), chevalier par lettres patentes du 2/07/1641, mort âgé de 70 ans à Madrid le 17/08/1662, lequel occupa de nombreuses et importantes fonctions (lieutenant civil de la ville de Gand, conseiller ordinaire au Conseil de Brabant (9/07/1620), membre du Conseil suprême de l’amirauté, vice-chancelier comme le plus ancien conseiller de Brabant, président du Conseil de Flandre (lettres patentes du 14/12/1645), conseiller au Conseil Privé (6/04/1648), envoyé extraordinaire auprès de l’empereur Ferdinand III et à la Diète de Ratisbonne, représentant du roi à l’élection et au couronnement de l’Empereur Ferdinand IV, nommé premier conseiller au Conseil suprême d’Etat à Madrid), et de Anne Prats.  [DE RYCKMAN DE BETZ et F. DE JONGHE D’ARDOYE, Armorial et biogr. des chanceliers et conseillers de Brabant, pp. 728-732]

 

Aurèle-Augustin_van_Male_dit_Malineus

Médaille à l’effigie de Aurèle-Augustin van Male dit Malineus, père de Hélène Robertine, dame de Saintes.  Bibliothèque Royale, Cabinet des Médailles.  Tiré de l’Armorial et biographie des chanceliers et conseillers de Brabant.

 

Elle avait pour frères et soeurs :

  • Charles-Aurèle-Augustin Malinez, écuyer des archiducs Léopold-Guillaume et Jean d’Autriche, gouverneurs des Pays-Bas, veedor général des Finances, époux de Dorothée de Massiet.
  • Philippe Malinez, capitaine de cavalerie, grand-maître des forêts de Brabant.
  • Hippolyte Malinez, époux d’Othon de Humyn, seigneur de Schatbroch, lieutenant-colonel au service du roi.

Elle épousa en première noces, par contrat passé à Bruxelles le 4/04/1651, devant le notaire Gerardy, Jean-Aurèle Servais, seigneur de Saintes, de la Houssière et de Liberchies, capitaine de cuirassiers, qui fut tué au siège de Valenciennes en 1656.  Le couple résidait probablement à Laeken, dans le manoir de Ter-Plast que Jean-Aurèle Servais avait hérité de sa mère.

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Le château de Ter-Plast, illustration tirée de A. COSYN, Les anciennes seigneuries de Laeken, dans ASRABruxelles, t. 30, 1921, pp. 32-64.

De ce mariage était née une fille unique :

  • Aurélie-Hippolyte Servais, née posthume, baptisée à Sainte-Gudule, Bruxelles, le 3/02/1657, qui hérita des seigneuries paternelles.  Elle était défunte en février 1682.  Elle épousa à Saintes, le 11/10/1671, et par contrat du même jour passé à Bruxelles devant le notaire F. Vandale, assistée de son beau-père van Achelen, de sa mère, du Sr Charles-Aurèle van Male dit Malinez, officier de cavalerie, surintendant des montres des gens de guerre, et du Sr Philippe van Male dit Malinez, grand forestier de Brabant, ses oncles, Guillaume-Ernest de Gand-Vilain, chevalier, seigneur de Passonhaye, depuis baron de Sint-Jan-Steen, sergent général de bataille, gouverneur et grand bailli d’Audenarde, conseiller au Conseil de guerre, mort le 12/09/1964, fils de Guillaume, chevalier, baron de Sint-Jan-Steen, seigneur de Welden et d’Oudenhove, et de Loyse de Merode, dame de Briffeuil.  Liberchies fut érigée en comté au profit de Guillaume-Ernest le 12/07/1684.  Il n’avait de son épouse qu’un fils qui mourut sans descendance, avant sa majorité.

Hélène-Robertine van Male dite Malinez convola avec Pierre van Achelen, chevalier, seigneur en Laeken (3 des seigneuries foncières de l’Heptarchie de Laeken), secrétaire du Conseil Privé par patentes du 2/02/1632.  Leur contrat de mariage date du 26/08/1658.  Pierre était fils de Folcard van Achelen, conseiller de Brabant puis du Conseil Privé, mort en 1631, et de Marie Bogaert, morte en 1637, dont le père, Jacques, chevalier, était président du Conseil de Flandre.  Pierre van Achelen est mort en 1677.

 

Pierre_Achelen_blasonArmoiries de Pierre van Achelen.

 

Pierre van Achelen habitait Laeken.  C’était donc un seigneur voisin de celle qui allait devenir son épouse.  Le territoire de Laeken était parsemé de petits manoirs qui formaient autant de seigneuries secondaires.  Dès le XIIIe siècle, elles avaient une cour censale unique, appelée l’Heptarchie de Laeken-Notre-Dame.  Les van Achelen possédaient 3 de ces 7 seigneuries foncières.

Dès 1624, Folcard van Achelen, le père de Pierre, était en possession de la seigneurie qui avait jadis appartenu aux de Witthem et qui provenait sans doute des biens des Clutinck à Laeken.  Il l’avait acquise de Philippe de le Samme.  Le château dit ‘t Groothof en était le centre.  Elle passa en 1633 à Marie Bogaert, sans doute à la mort de son mari.  En 1642, elle appartenait par indivis aux enfants du couple van Achelen – Bogaert, à savoir : Pierre van Achelen, Clémence, épouse de Charles-François Mausaert, chevalier, seigneur d’Outrereu, Marie, veuve de Philippe Prats, chevalier, seigneur de Saint-Albert, secrétaire du Conseil Privé, et Catherine, épouse de Jean-Jacques Put, chevalier, conseiller au Conseil de guerre.  Pierre van Achelen semble en être devenu le seul propriétaire en 1653.  C’est parce qu’il en était le détenteur qu’il s’intitule parfois seigneur de Grand-Manil, traduction française de ‘t Groothof.

 

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Laeken Grand Manil

Le vieux château féodal connu sous le nom de ‘t Groothof était situé au pied du Dommelberg (devenu Dongelberg ou Donderberg).  A. Wauters le décrit comme « un carré de bâtiments entouré d’eau, quatre tourelles de forme ronde et une cinquième un peu plus haute et carrée lui donnaient l’apparence d’une forteresse ».  Sanderus nous en a transmis une vue, due à J. Troyen.  Plus de 100 bonniers de terre dépendaient du château.  Les habitants de ce petit domaine étaient assujettis au payement de cens, mais aussi du droit de mortemain ou de meilleur cattel.  C’est ce château et son domaine qui furent acquis, en 1781, par l’archiduchesse Marie-Christine et son époux, le duc Albert de Saxe-Tesschen, gouverneurs généraux des Pays-Bas, pour la création du parc du palais de Laeken.  Le château et toutes les constructions qui en dépendaient furent alors rasés.

Illustrations tirée de A. COSYN, Les anciennes seigneuries de Laeken, dans ASRABruxelles, t. 30, 1921, pp. 32-64.

La seigneurie dite des Hujoel passa également dans le patrimoine des van Achelen.  En 1604, c’est Jean Drenckwaert, vicomte de Dormael, trésorier général des finances, époux de Marguerite Bogaert, fille de Jacques Bogaert, Président du Grand Conseil de Malines, qui en est maître.  Cette seigneurie appartenait en 1653 à Pierre van Achelen, fils de Folcard et de Marie Bogaert, soeur de Marguerite.

Enfin, la seigneurie de l’abbaye de Grand-Bigard à Laeken appartenait aussi en 1653 à Pierre van Achelen.  C’est ce qui avait fait dire à Sanderus qu’il y avait à Laeken une Triarchie aux mains de Pierre van Achelen.  Elle se composait des seigneuries qui avaient appartenu anciennement aux de Witthem, aux Hujoel et à l’abbaye de Grand-Bigard.

Pierre van Achelen était propriétaire du château de ‘t Groothof, mais il possédait aussi, du fait de son épouse Hélène-Robertine van Male dite Malinez, le manoir de Ter-Plast, venant de sa tante qui était aussi la mère de son premier mari.

Les trois seigneuries en Laeken et le manoir de Ter-Plast passèrent, après le décès de Pierre van Achelen, à sa veuve Hélène-Robertine van Male de Malinez et à leurs enfants en 1679.  A la suite d’un partage, intervenu en 1697, l’aînée reçut le ‘t Grootof et la seconde le manoir de Ter-Plast.

D’après les comptes du receveur des van Achelen, les cens et droits divers perçus par cette famille de 1690 à 1703 s’élevaient à 2425 florins environ, à savoir 1192 florins pour le Groot-Meyboeck (livre censal de la seigneurie de Witthem), 264 florins pour le Cleyn-Meyboeck, 283 florins pour le Groot-Kersmisboeck (livre censal de la seigneurie de Hujoel), 610 florins pour droit de congé, et 75 florins pour reliefs.  Ces domaines fonciers rapportaient donc environ 200 florins par an.

 

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Plan et vue de Laeken au XVIIe siècle.

 

Du couple van Achelen – van Male dit Malinez sont nées deux filles :

  • Catherine-Philippine van Achelen, mariée en premières noces, par contrat du 7/02/1682, à Urbain van der Borch, conseiller et commis greffier des domaines et finances, mort le 8/10/1706, et en seconde noces à Gérard de Trazegnies, comte de Villemont, dont elle se sépara par divorce.  C’est elle qui hérita de la terre et seigneurie de Saintes en 1704.  Elle mourut le 6/10/1719.
  • Marie-Françoise van Achelen, épouse le 13/12/1689 Jean-Erard de Steenhuys, baron de Poederlé, seigneur de Morsele, en Gierle, etc., mort le 8/03/1714 et inhumé à Laeken.  C’est ce mariage qui fera ensuite entrer la terre et seigneurie de Saintes dans le patrimoine des la famille d’Olmen de Poederlé.

Hèlène-Robertine van Male dite Malinez est morte le 29/02/1704.

A la mort de son premier mari, la seigneurie de Saintes fut mise en vente par les exécuteurs testamentaires de Jean-Aurèle Servais, à savoir messire Jean Praets, seigneur de Saint-Albert, vicaire général des armées du roi, doyen de la collégiale Sainte-Gudule, et Mre Henry Reynen, avocat au Conseil de Brabant.  La seigneurie fut rachetée pour 46.000 florins par la veuve du défunt, le 20/11/1656 et relevée le même jour. [GSB, 9382, f° 7 v°]

Elle est parfois qualifiée de dame de Liberchies.  Sans doute exerça-t-elle cette fonction au nom de sa fille Aurélie-Hippolyte Servais durant la minorité de celle-ci.  Pourtant, encore en 1681, alors que sa fille est mariée depuis 1671, elle s’intitule toujours dame de Liberchies.

Le 14/01/1681, elle avait fait l’acquisition de la ferme de Hautebize, sous Gosselies.  Elle apparaît dans l’acte dans ces termes : « Vrouwe Helene de Male, dite Malines, wrouw van Saintes, Liberchies ». [F.V. GOETHALS, Dictionnaire … , t. 3, s.p., sub. Male]

Elle semble avoir résidé à Bruxelles, peut-être plus particulièrement à Laeken, dans le château dit Groothof (Grand Manil), possession de son second mari.  Elle fera aussi régulièrement des séjours dans le château qu’elle s’était fait construire à Saintes.

C’est en effet sous son impulsion qu’une nouvelle réserve seigneuriale se constitua à Saintes afin d’en doter deux fermes seigneuriales, la Basse-cour du Château et la ferme du Tiembecq, et de composer un parc pour y implanter une demeure seigneuriale.  Elle y bâtira le premier château des seigneurs de Saintes, en contrebas de l’église du village.  Ce parc et ce château sont connus aujourd’hui sous le nom de château de Poederlé, du nom des derniers seigneurs de Saintes.

Elle apparaît également comme fort active et préoccupée par la gestion de sa seigneurie de Saintes.  C’est elle, par exemple, qui fit passer le 9/01/1690 l’accord avec les Jésuites de Halle au sujet de fiefs et de terres qui relevaient de sa seigneurie et pour lesquels les Jésuites ne payaient plus leurs redevances depuis des décennies.  Elle signe « la dame v.v. Achlen d. de Saintes » [Papiers de G.P.Speeckaert conservés par L. Delporte, copie du XVIIIe s.]

En 1671 (18 juillet), Hélène Malineus, dame de Saintes, fit une importante donation de 2000 livres pour la confection de la plus grosse cloche de l’église.

En 1688, le 24 mai, fondation effectuée par madame de Saintes, Hélène Robertine de Malinez.

Dans les textes, elle s’intitule d[ame] H. Robertine de Malinez dame de S[ain]tes, la dame v[euve] v. Achelen d[ame] de Saintes, madame van Achelen dame de Sainctes, Hélène Malineus, dame de Saintes, etc.

Dernière version : 01/10/2017 – © Luc DELPORTE

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