Mouvements et associations catholiques

Si, en ce début de XXIe siècle, le village de Saintes connaît une importante unité scoute, ce n’est pas le seul mouvement de jeunesse qui anima le village.

A l’origine, tous ces mouvements de jeunesse étaient d’inspiration chrétienne.  Ils avaient l’ambition d’occuper sainement les jeunes tout en les éduquant dans les valeurs chrétiennes.

Un inventaire des Associations et mouvements dans le Brabant wallon pour les années 1928-1931 renseigne pour le village de Saintes les organisations catholiques suivantes :

  • Oeuvre des Missions
  • Propagation de la Foi
  • Sainte Enfance
  • Oeuvre de Saint-Pierre Apôtre
  • Congrégation de la Sainte-Vierge
  • Congrégation du Sacré-Coeur
  • Congrégation du Saint-Sacrement
  • Congrégation de Sainte-Renelde
  • JOC
  • ACJBF (Association Catholique de la Jeunesse Belge)
  • Bibliothèque
  • Syndicat d’achats agricoles
  • Caisse d’épargne et de Crédit Boerenbond

La JOC-Wisbecq

En 1992, le Chirel-BW (Comité d’Histoire Religieuse du Brabant wallon) organisa un colloque sur les « Mouvements et associations catholiques en Brabant wallon de 1918 à nos jours ».  Dans ce cadre, une enquête fut menée et confiées aux comités locaux du Chirel.  Christiane Goosens interviewa sont père, Maurice Gossens (né à Wisbecq en 1916, ouvrier aux Carrières de Quenast puis à Fabelta-Tubize), qui fut actif à la JOC-Wisbecq.  C’est de ce témoignage que nous tirons les lignes qui suivent.

Fondation

La JOC Wisbecq fut fondée en 1925 par Georges Blondeau, un employé des Carrières de Quenast où il était contremaître, qui habitait Wisbecq.  Léon Coppens en était le trésorier.  D’autres Jociste de l’époque de la fondation étaient François Jacobs, Frédéric Michiels, Emile Peterbroeck, Louis Decoster, René Wijns, Robert Habis.  Ils étaient une bonne dizaine, ce qui était un réel succès pour un hameau tel que Wisbecq.  La JOC de Wisbecq fut très active.  Dans les autres paroisses environnantes, des essais furent tentés mais avec moins de succès à Bierghes, Saintes, Rebecq, Quenast, …

Dès 1929, une section Pré-jociste fut fondée à Wisbecq dans le but de recruter plus facilement par la suite des Jocistes.  Il était en effet plus facile de recruter des enfants en âge de scolarité et, comme les distractions n’étaient pas nombreuses à cette époque, on suivait volontiers d’autres jeunes dans le mouvement.  Maurice Goossens se souvient que les jeunes attendaient avec impatience leurs 14 ans pour pouvoir rejoindre les Pré-jocistes.  Il se souvient également du nom de ses condisciples d’alors : Albert Kennis, Hyppolite Breysens, André Breda, Nestor Regibo, Nestor Mertens, Jean Roobaerts, Joseph Kennis, Albert Decoster, Albert Moeremans, Roger Habils, tous de Wisbecq.

Plus tard, une « Ligue des Travailleurs Chrétien » s’ajouta aux deux autres groupements.  Elle rassemblait les anciens Jocistes une fois mariés et actifs professionnellement.

Recrutement

Tous les jeunes étaient visés, et pas seulement les enfants d’ouvriers.  Travailleurs, étudiants, indépendants, fils de fermier se retrouvaient à la JOC, car il n’y avait qu’un seul mouvement à Wisbecq.  C’étaient plutôt les Pré-jocistes qui étaient recrutés.  Le recrutement était aisé.  Les jeunes en parlaient autour d’eux et suscitaient l’intérêt de leurs compagnons d’âge.  Dans les années ’30, la JOC comptait bien une quarantaine de membres.  Il en venait même des villages avoisinants (Bierghes, Saintes, Hautecroix).

Activités de la JOC

On y poussait à la lecture.  Il était intéressant de faire partie de la JOC, car on poussait les jeunes à apprendre un métier et on les aidait à trouver du travail.  On essayait de les orienter vers les métiers de menuisier, de mécanicien, etc., car à Quenast et dans les environs tous les jeunes « faisaient des cailloux ».  On les encourageait donc à trouver un travail plus valorisant.

Georges Blondeau était très motivé à donner une formation religieuse et professionnelle à ses jeunes.  Cela n’était pas du goût de tout le monde, car aux réunion on faisait « syndicat », on éclairait les jeunes ouvriers sur leurs droits, etc.

Les réunions

Au début, les réunion se faisaient dans une « salle en bois », située près du château de Wisbecq, qui appartenait aux Soeurs Servites qui tenaient un pensionnat.  En hiver, à cause du froid, les réunions se tenaient « Au chasseur », chez Jules Ernaut tenancier sur la place de Wisbecq (ancien restaurant du Relais d’Arenberg »).

Plus tard, en 1931, fut construite la salle jociste de Wisbecq, en blocs de béton.  C’était la première salle appartenant à la JOC nationale !  Elle fut d’ailleurs inaugurée en présence de Fernand Thonet, le président national.  Construite par une entreprise de Rebecq, les Jocistes ont aidé comme manoeuvres pour faire baisser les coûts.  La charpente fut dessinée par François Jacobs (Jociste) et assemblée par Alphonse Bellemans (Jociste), charpentier-menuisier de son métier.

Il y avait une réunion générale tous les mois, toujours un samedi soir.  Son déroulement était le suivant :

  • prière jociste ou autre et intentions
  • lecture et commentaire de l’Evangile par G. Blondeau ou le curé de la paroisse
  • rapport du secrétaire sur la réunion précédente
  • discussion sur certains points : article de journal JOC, un événement du monde du travail, …

En plus de la réunion générale, il y avait en semaine un Cercle d’Etudes, toutes les semaines ou tous les 15 jours, qui groupait les jeunes entre 14 et 18 ans, c’est-à-dire l’âge juste avant le Service Militaire.  On y donnait de bons conseils pour le Service Militaire.  On y discutait aussi des problèmes au travail, des droits des ouvriers, de la manière de se défendre et quoi répondre aux patrons, etc.  Ces réunions débutaient à 19h30 ou 20h et duraient 1h30 à 2 heures.

La salle était ouverte tous les jours, pour et par ceux qui faisaient partie du Cercle d’Etudes.  Chacun avait sa semaine et était alors responsable de servir à boire (de la limonade !), d’encaisser l’argent des boissons, de laver les verres, d’entretenir la salle et de la remettre propre au suivant.  Il y avait donc quelqu’un tous les soirs et la salle était très fréquentée.

Une fois l’an, un déjeuner réunissait les Pré-jocistes, les Jocistes, la Ligue des Travailleurs.  Cela se faisait le dimanche de Pâques, après la « messe basse », dans la salle construite en 1931 que l’on appelait le « Foyer jociste ».

La pratique religieuse

Les Jocistes étaient pratiquants.  Le 1er dimanche du mois, tous les Jocistes étaient convoqués pour aller « communier » en groupe.  Le curé leur donnait la communion avant la « messe basse ».

Les autres activités

Les Jocistes participaient à des « récollections ».  Pour ceux de Wisbecq, cela se déroulait au château de Warelles qui, à l’époque, était une maison de réflexion, de réunions et de repos des Jésuites d’Enghien.

Il y avait aussi des « journées d’études » auxquelles participaient ceux qui le désiraient.  On insistait toutefois sur la présence des membres du comité.  Vers 1930, il y eut à Wisbecq une journée d’études de la sous-fédération d’Enghien (Fédération de La Louvière) comprenant les sections de Saintes, Rebecq, Bierghes, Quenast, Petit-Enghien, Labiau, Marcq, Wisbecq et Enghien.

Les pèlerinages

En 1925 ou 1927, un seul délégué, Jean Moeremans, représentait Wisbecq pour le pèlerinage à Rome.  Il n’était pas évident de participer à un tel pèlerinage.  Il fallait la permission des parents, la possibilité de manquer le travail (pas de congés payés et donc un manque à gagner), et les moyens.

En 1931, ce furent 6 délégué de Wisbecq qui partirent pour le pèlerinage national à Lourdes.  C’étaient Emile Peterbroeck, Léon Coppens, Arthur Moeremans, Georges et Nestor Regibo, Maurice Goosens.  Le pèlerinage durait une semaine.  Le voyage se faisait en train au moyen d’un train spécial au départ de La Louvière.

Les festivités

Trois fêtes étaient organisées par les Jocistes chaque année.  On les appelaient des « dramatiques », car on y jouait du théâtre.  Il y avait généralement 2, parfois 3 pièces avec un drame et une pièce comique.

La première fête se faisait au Christ-Roi.  L’entrée était gratuite mais ceux qui voulaient avoir une place retenue devaient payer à l’avance 1 fr.  Cela générait un peu de bénéfice.  S’y ajoutait parfois une tombola. La seconde avait lieu le dimanche avant la Noël. La dernière, en mars-avril.  Si cela tombait pendant le Carême, la permission devait être demandée au curé pour « jouer concert ».

Ressources

La JOC Wisbecq vivait des revenus de ses fêtes, du produit de la vente de journaux jocistes, et d’une quote-part demandée à la Mutuelle et au Syndicat chrétiens, et de dons.  Un jociste percevait au Foyer jociste de Wisbecq les cotisations pour les mutuelles Saint-Michel et le Syndicat.  La section recevait un petit quelque chose pour les frais de chauffage et d’éclairage.

La fin

La JOC-Wisbecq s’est éteinte avec la guerre.  Dans les années ’60, Georges Blondeau a tenté de remettre la JOC sur pied avec l’aide de Roger Devillers, sans grand succès.  Il y eut cependant une délégation pour Lourdes ou pour Rome, d’où le drapeau jociste n’est jamais revenu.  En 1932, lorsque la bannière des Jocistes était devenue trop vieille, on l’avait remplacée par un drapeau (Jocistes – Travailleurs chrétiens – Mutuelle MOC).

La JOC-Saintes

Si la section JOC-Wisbecq a été particulièrement active, il faut toutefois signaler l’existence du même mouvement à Saintes à la même époque.  Les renseignements nous manquent ici pour pouvoir développer, mais leurs activités devaient être similaire à celles de la section wisbecquoise.

La grande fête de la JOC saintoise avait lieu le jour de Noël, en la Salle du Cercle Catholique.

La JAC-F et la JEC

A Saintes, le mouvement qui eut le plus franc succès avant-guerre est certainement la JAC. La Jeunesse Agricole Chrétienne était un mouvement né en France en 1929 et qui se répandit très rapidement dans notre pays. Dès 1933, apparaissait la JAC-F., mouvement similaire réservé aux filles.

Il semble également qu’une section de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC, fondée en 1929) ait existé à Saintes.

JEC-Saintes [?]

En 1937, la section saintoise avait pour responsables A. Blondeau, président ; le vicaire Herman, aumonier ; G. Speeckaert, vice-président ; j. Vanquathem, secrétaire ; C. Coppens, trésorier ; et G. Heuchamps et A. Lequeue, délégués.

Comme dans tous les mouvements de jeunesse, chaque année, une ou plusieurs fêtes étaient organisées. Il existe encore quelques vieux programmes de festivités de la section jaciste de Saintes. Ils témoignent de la vigueur du mouvement et de son dynamisme. Ces fêtes étaient, apparemment, organisées au Cercle Catholique, chaussée d’Enghien, qui servait sans doute aussi de local au jacistes.

Ainsi, le 25 décembre 1937, la section jaciste de Saintes organisait une grande fête dramatique et musicale en la salle du Cercle Catholique, à la chaussée d’Enghien.

Le 5 mars 1939, la J.A.C.F. organisait pareille fête, toujours dans la même salle.

Le 20 août 1939, une grande fête pour le 10e anniversaire de la JAC-F. était organisée, avec le concours de la Jeunesse Chrétienne de Saintes, dans le Parc du château de Mussain. Après un salut solennel à l’église, rendez-vous était donné au Parc pour des jeux dotés de nombreux prix (Poste-volante, Vogel-pik – Massacre Quilles – Courses diverses, etc.). La journée se terminait par des représentations théâtrales.

 

Des camps scouts à Mussain

Pour l’anecdote, mentionnons que le parc du château de Mussain a accueilli jadis des camps scouts, comme en témoigne une lettre adressée au châtelain, pour le remercier, par la 25e troupe, Unité du «porc-épic» Bruxelles-Ouest, en 1945.

Il faut dire que le Parc de Mussain était, semble-t-il, lorsqu’il appartenait à Mr Albert Speeckaert, souvent mis à la disposition de groupements divers pour certaines occasions, notamment pour y organiser des fêtes.

 

ARTICLE ENCORE EN CHANTIER

 

Dernière version : 01/11/2017 – © Luc DELPORTE

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