La situation agricole au tournant du XVIIIe siècle

La situation agricole au tournant du XVIIIe siècle

Quelques sources de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle permettent de jeter un regard sur la situation agricole de la localité au tournant du XVIIIe siècle.  Le XVIIe siècle est souvent qualifié de siècle des calalmités, alors que le XVIIIe siècle fut une période de relative tranquilité et de prospérité.  Etablir la situation agricole du village de Saintes au tournant du XVIIIe siècle paraît donc opportun.  Plusieurs recensements du bétail chevalin et bovin (1694 et 1707), la taille de 1703, un chassereau détaillé réalisé en 1705, un recensement complet de la population en 1709, offrent la matière suffisante à cet examen de la situation agricole au début du XVIIIe siècle.

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Le cheptel saintois au XVIIe siècle

L’importance de l’élevage par rapport à l’agriculture est difficile à déterminer.

Une liste des bestiaux (chevaux et vaches) pour le village de Saintes a été établie en 1694.  Le contexte fort troublé de l’époque incite cependant à être prudent en l’utilisant.  Par contre, il semble bien que tous les habitants de la localité ait été recensés, puisque figure dans cette liste la dame de Saintes, le pasteur, le seigneur de Bierghes, et la dame de Mussain.

 Ainsi, 67 ménages saintois, sur un total malheureusement inconnu, possédait du bétail.  Il y avait en tout 73 chevaux et 263 vaches.  Seuls 23 ménages disposaient à la fois d’au moins un cheval et une vache.  Les 44 autres se contentaient de cheptel bovin.

Pour les ménages qui ne disposaient que d’une ou plusieurs vaches, le cheptel ne dépassait pas 4 têtes et, la plus part du temps, se limitait même à deux têtes.  Pour les ménages qui disposaient également de chevaux, l’éventail était plus large.  Pour 12 d’entre eux, le nombre de vaches ne dépassait pas les 5 têtes, même si la moitié d’entre eux atteignait les 4 vaches.  Pour les 11 autres ménages disposant de chevaux et de vaches, le nombre de bêtes à cornes dépassait les 7 têtes et pouvait aller, pour un seul cas il est vrai, jusqu’à 18 têtes.  Le nombre de chevaux ne dépassait pas 6 têtes pour un ménage.

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Répartition des bestiaux de Saintes et Pont-à-Wisbecq

en août 1694

Nbre

Chevaux

/ ménage

Vache seule

/ ménage

Vache en plus

de chevaux

/ ménage

1

4

7

1

2

4

22

1

3

7

9

2

4

3

6

6

5

2

5

6

3

7

2

8

2

9

1

10

1

11

12

2

13

1

14

1

15

16

17

18

1

Nbre ménage

23

44

23

Nbre têtes

73

102

161

3,18 ch./m.

2,32 v./m.

7 v./m.

3,60 v./m.

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Le cheptel saintois au début du XVIIIe siècle

Une telle enquête est également conservée pour l’année 1707.  Cette année-là, une liste fut établie à deux moments différents, d’abord au mois de mars, ensuite en septembre.  La comparaison des deux listes montre que plusieurs chefs de ménages n’apparaissent pas dans celle de mars, mais bien dans celle de septembre.  Les habitants de Wisbecq ont peut-être été omis.  La liste de septembre semble donc plus sûre, si ce n’est que pour quelques ménages le chiffre est devenu illisible suite à des déchirures du documents original.

La liste de mars renseigne que 61 ménages possédaient au moins une vache, et celle de septembre 67 ménages.  Le total des ménages que comptait le village en 1707 n’est pas donné.  Par contre, le dénombrement de 1709, distant seulement de deux années, donne pour le village un total de 109 ménages.  On peut donc en conclure que près de 40 % [44 % = (109 – 61) / 109 et 38,5 % = (109 – 67) / 109] des ménages ne disposait d’aucun cheptel chevalin ou bovin.  Seuls environ 20 % des ménages possédaient, en plus d’un cheptel bovin, un ou plusieurs chevaux.

Parmi ceux qui avaient du cheptel mais ne possédaient pas de chevaux, la grosse majorité des ménages se limitaient à une ou deux vaches maximum.

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Répartition des bestiaux de Saintes et Pont-à-Wisbecq

En mars et septembre 1707

Nbre

Chevaux

/ ménage

Vache seule

/ ménage

Vache en plus

de chevaux

/ ménage

Chevaux

/ ménage

Vache seule

/ ménage

Vache en plus

de chevaux

/ ménage

1

13

1

9

2

6

13

1

3

14

2

3

4

7

2

3

5

2

4

4

3

1

4

8

1

5

3

2

3

4

6

2

6

4

4

3

7

1

1

1

8

1

1

1

4

9

3

1

1

10

1

11

2

12

1

13

1

2

14

1

15

1

16

1

17

1

18

19

1

20

21

1

22

23

1

24

1

1

25

26

1

27

28

1

?

4

2

Nbre ménage

23

38

23

25

43

23

Nbre têtes

97

82

222

94 + [4]

131

226

.

Il est important de constater qu’une part importante des ménages saintois, près de 40 %, ne disposent pas même d’une vache.  Cela contredit un peu l’image qui veut que n’importe quelle famille, fût-elle miséreuse, possédait au moins une vache pour survivre.  Evidemment, les moutons et les porcs ne sont pas comptabilisés ici.  Peut-être donneraient-ils une image quelque peu différente de la situation.

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 Début du XVIIIe siècle

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Les fermes à Saintes et leur importance relative à travers la taille de 1703

 

   

Ferme Propriétaire ou censier

Taille

livres – sols

Herbecq Gille de Pau

8

Laubecqz Pierre Goudelof

8

Froye Gille Stevens

6

Kenestine Jacqz Somillon

6

Humbier Gille Cantinau

5

sa cense [= Couturelle] Jean Baptiste Bauthier

5

Dame de Saintes à Tiembecqz (de la) Jean Hulain

5

Mont à Saintes Nicolas Camberlain

5

Manteau Jean Stourme

4

Jésuitte (des) Jean Baptiste Dasonville

4

sa cense à Tiembecqz François Lepoivre

4

Fournehaute Ferdinant de Rue

4

Pont (du)

4

Harteux + sa maison au Harteux André Vandermies

4

Dame de Saintes à Wisbecqz (de la) François Landotte

3 – 10

sa cense à Wisbecq Guillaume Platteau

3

sa cense sur la Bruyer Gille Gaillier

3

La Vallée + maison de la Dame de Saintes nommée l’Empereur Jean Bert

5

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En 1705, la loi du village rédigea un chasserau d’une précision remarquable en vue de lever la taille.  Il distingue, par exemple, les habitations qui sont affermées, c’est-à-dire louées, de celles qui appartiennent en propre à leurs occupants.  Même distinction pour les terres, en précisant l’étendue des fermages des principales censes.  Le lieu de résidence des afforains est même souvent précisé.  Toutes ces indications, malgré d’inévitables imprécisions inhérentes à cet type de source, permettent de se faire une excellente idée de la répartition des terres et de la taille des exploitations agricoles.  Combiné avec la répartition du bétail de 1707 et le dénombrement détaillé de la population de 1709, c’est toute la communauté villageoise de Saintes qui apparaît sous un jour nouveau.  Seule ombre au tableau, il apparaît clairement que les terres de la seigneurie de Mussain ne sont pas comprises dans ce chassereau, la communauté de Mussain étant considérée comme une unité fiscale distincte.

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Habitations d’après le chassereau de la taille de 1705

Propriété de leur occupant

Louées par leur occupant

Châteaux

Censes

Maisons

Censes

Maisons

2

7

65,5

12

4

74,5

16

Total des habitations : 90,5

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Répartition des terres selon leur mode d’exploitation

d’après le chassereau de la taille de 1705 (B-J-V)

Exploitées par leur propriétaire

Exploitées par un fermier

Terres

Prés

Jardins

Bois

Terres

Prés

Jardins

Bois

493-1-33

2-3-50

1-0-0

98-3-0

595-3-50

0-1-50

0-1-0

0-0-0

497-0-83

98-3-0

596-1-0

Total : 1192-0-83

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L’étendue des prés et des jardins est très largement sous-estimées.  Toutes les fermes et pratiquement toutes les maisons étaient implantées dans un petit jardin, qui est vraisemblablement repris avec les autres terres, s’il y en avait.  Les étendues de prés ou de jardins comptabilisées ici le sont probablement lorsqu’un exploitant, propriétaire ou locataire, ne possédait que ce type de parcelle.  On ne peut donc rien en tirer de probant.

Par contre, le rapport entre les superficies agricoles (terre, prés et jardin), et les superficies boisées est très indicatif.  Ainsi, les bois occupent, en ce début de XVIIIe siècle, à peine un peu plus de 8 % du terroir.

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ARTICLE ENCORE EN CHANTIER

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Dernière version : 06/07/2013 – © Luc DELPORTE

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