La châsse de sainte Renelde

Desciption de la châsse

La châsse de sainte Renelde est représentative, malgré des remises en états sévères et des restaurations abusives, du style large qui marqua nos artistes pendant la seconde moitié du XIXe siècle.  Les figures en argent repoussé, seules parites incontestablement anciennes de la châsse actuelle, appartenant stylistiquement à l’art gothique du XIVe siècle, proviendraient en fait d’une châsse antérieure et dateraient de 1353.  Sur les grands côtés, figurent les 12 apôtres.  Sur le premier petit côté on retrouve une statutette de la Vierge à l’Enfant et sur le second une représentation de sainte Renelde en pèlerine.  Le socle, les niches, les rempants des gables et crêtages dorés, et peut-être même le coffre de la châsse, sont du restaurateur de 1922 à qui l’on doit les décors néo-gothiques stéréotypés.  Les plaques d’argent décorrées d’imbrications de toitures à deux pans, sont peut-être plus anciennes, comme semblent l’indiquer l’oxydation et la surface mordue de cette partie du revêtement, peut-être de 1812, date de l’avant-dernière restauration ou de 1621. 

Sans la partie inférieure moderne, la châsse proprement dite, mesure 30 cm de haut sur 120 cm de long et 55 cm de large. 

Au XVIIe siècle, Philippe Brasseur signale, en parlant de sainte Renelde, qu’ « en ce qui concerne ses reliques et celles de ses compagnons, elles reposent en paix au-dessus de l’autel, dans le choeur de cette église (où elle fut martyrisée avec deux), celles de Ste Renelde au centre, enfermées dans un coffre d’argent, celles des SS Grimoald et Gondulphe placées des deux côtés dans des coffrets en bois.  Par la suite, elles furent transférées dans la chapelle Sainte-Renelde, juste à la droite du choeur.  Elles y reposent toujours. 

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Histoire de la châsse

Au cours des siècles, plusieurs reliquaires successifs conservèrent les restes sacré de sainte Renelde. 

La châsse de 866

Renelde aurait été martyrisée à Saintes le 16 juillet 680 lors d’une invasion, en compagnie de deux disciples, le sous-diacre Grimoald et un familier Gondulphe.  Inhumée dans l’église du lieu, de nombreuses guérisons intervinrent sur son tombeau. 

En 866, l’évêque de Cambrai procéda à l’élévation des reliques et les plaça dans une première châsse d’argent.  Les Annales de l’abbaye de Lobbes [Annales Laubienses, MGHScriptorum, 4, 1841, 12] ont conservé la trace de cet événement.  A la date de 866, on trouve : « Johannes Cameracensis episcopus ordinatur et hoc anno beatae Raineldis virginis et martyris corpus levatum est, miraculis innummerailibus eius sanctitate attestantibus ».  Le texte de la Vita évoque également cet événement.  Il précise que les restes sacrés furent placés dans une châsse d’argent en présence d’une grande foule de fidèles, de clercs, et des évêques de trois diocèses voisins, très certainement Cambrai, Tournai et Liège. 

La translation des reliques en 1090

Gérard, évêque de Cambrai (1076-1095) aurait procédé à une première translation des reliques sous l’abbé Arnulphe de Lobbes.  La date avancée pour cet événement est 1090.  J. Vos relate ces faits et signale que, dès cette époque, sainte Renelde commença à être honorée d’un culte spécial dans l’église de Lobbes en mémoire de son voyage en ce lieu. 

Suivant une note figurant à l’intérieur de la couverture du livre des annonces faites à l’église de Saintes de 1805 à 1810, le 24 février était le jour de la première translation de sainte Renelde. 

La translation des reliques de 1170

J. Vos, se référant du Manuscripto Laubiensi, signale qu’en 1170, Jean, abbé de Lobbes, transporta le corps saint de sainte Renelde de la vieille châsse où il reposait dans une autre plus richement ornée.  Les moines et le peuple se préparèrent par un jeûne de trois jours à cette cérémonie à laquelle assistèrent plusieurs prélats et un peuple innombrable accuru de toute part.  L’abbé de Lobbe ouvrit la châsse en présence de quelques témoins.  Après vérification de l’authenticité des reliques, les autres abbés en chape vinrent les prendre et les transportèrent sur l’autel pricipal où se célébra aussitôt une messe dolennelle d’action de grâce au milieu des larmes de tous les assistants.  Le service divin terminé, le saint corps fut présenté à la vénération du peuple par l’abbé d’Ename.  Il fit ensuite un panégyrique de la sainte et donna à l’assemblée l’absolution générale.  Enfin, que le clergé et le peuple eurent satistait leur dévotion et touché les saintes reliques, on remit les reliques dans une châsse plus riche.  On en avait au préalable extrait une côte qui fut partagée par moitié entre les abbé de Lobbes et d’Ename et déposée dans leurs monastère respectifs. 

Joseph Warichez évoque à ce propos un écrit hagiographique – la « translatio sanctae Reineldis in monasterium Laubiense » datant de la fin du XIIe siècle.  Ce texte lui paraissait être un sermon pour l’anniversaire de la translation des reliques de sainte Renelde à Lobbes (26 octobre).  Mais il doit faire erreur lorsqu’il déclare que le corps de la vénérable fille de sainte Amelberge reposait à Ename.   

L’Annualium Laubiensum continuatio [MGHScriptorum, 4, p. 25] rapporte les faits : « 1170. Hoc anno translatum est corpus sanctae Raineldis virginis in novo feretro ». 

Suivant une note figurant à l’intérieur de la couverture du livre des annonces faites à l’église de Saintes de 1805 à 1810, le 26 octobre est le jour de la 2de translation de Ste Renelde. 

La châsse du milieu du XIVe siècle

Selon J. Vos, une troisième translation aurait été effectuée par l’abbé Guillaume (1344-1359), successeur de Nicaise, à peine parvenu à l’abbatiat.  La date de 1347 a parfois été évoquée, sans que l’on sache pour quelle raison.   

Pour d’autres [Livrets de pèlerinages, G.P. Speeckaert, J. de Borchgrave d’Altena], cette translation eut lieu sous l’abbatiat de Pierre, vers 1352-1353.   

La châsse de 1621

Il faut ensuite attendre 1621 pour que Monseigneur van der Burch, archevêque de Cambrai, fasse transporter les reliques dans une nouvelle châsse d’argent massif.  Le prieur de l’abbaye de Lobbes et l’abbé de Liesses, Antoine de Winghe, étaient présents à cette cérémonie. [Gilles DE WAULDE, p. 510]   

Les auteurs ne s’accordent pas sur la date exacte de cet événement.  J. Vos parle de 1620, mais fait référence au texte de Gilles de Waulde qui donne pourtant bien la date de « l’an mille six cens vingt & un, le 20 du mois de juillet ».

En 1787, Sollerio [Acta Sanctorum Belgii Selecta, t. 4, 1787, pp. 642-653]  donne la description suivante de la châsse :

A la forme de l’enveloppe magnifique de Ste Reinelde, faite en cuivre revêtu d’or, je jugerais des deux autres (enveloppes) jamais séparées de cette sainte illustre.  Les petites statues d’argent apposées de chaque côté de la châsse de Ste Renelde ne demandent pas d’explication, comme il ressort suffisament qu’elles représentent les douze apôtres.  De la même façon que sur la face se déploye l’image de la sainte elle-même, laquelle comme les autres est tout en argent et d’une hauteur d’environ deux mains, dans la tenue habituelle des pèlerins, comme je m’estime m’être suffisament expliqué par le dessin ci-joint.  Il reste à observer sur la face arrière de la châsse, s’il m’est permis d’en parler ainsi, est représentée une autre statue en argent de la très sainte Vierge Marie.  La châsse entière est large d’un pied et demi, haute de deux et longue de quatre. 

Traduction de G.P. Speeckaert.

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S ancienne châsse 01 GPS

Gravure des Acta Sanctorum Belgii Selecta représantant l’ancienne châsse de sainte Renelde – photo © G.P. Speeckaert.

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La restauration de 1811

Les troubles de la Révolution française n’épargnèrent pas la châsse de sainte Renelde, ni surtout les châsses de Grimoald et Gondulphe.  Lors de la seconde invasion de la Belgique par la France révolutionnaire, en 1793, pour parer aux risques de pillage ou de profanation, on enterra les trois châsses dans la grange du clerc de Saintes.  Elle ne furent déterrées qu’après plusieurs années, en très piteux état.  Une restauration profonde s’imposait.   

Médaillon ovale de la face antérieure du socle : « HIC THECAM / SANCRAE REYNELDIS VIRGINIS ET MARTIRIS / OSSA CONTINENTEM / SUB VIGILANTISSIMO DOMINO PASTORE / GORGIO FRANCISCO JOSEPHO JACQUET / RESTAURAVIT HALLIS DEIPARAE / LUDOVICUS JOSEPHUS DUPRET / ANNO REPARATE SALUTIS / MDCCCXII ».

Une couronne surmontait la châsse.  En 1851, le curé Steen déclarait l’avoir vendue à la Monnaie à Bruxelles, ainsi qu’une partie des ex-votos, pour la somme de 157,60 frs.  Le 2/04/1854, aurorisation était reçue de vendre 14 petites platines d’argent provenant de la châsse de sainte Renelde que des « connaisseurs en style gothique » avaient ordonné de faire disparaître ! [Notes de M. Culot]  Le 6/04/1856, en même temps que l’autorisation de faire construire une table d’autel gothique avec gradin pour placer la châsse de sainte Renelde, l’autorisation fut donnée de construire une « civière » neuve pour porter la châsse à la procession et un piédestal pour placer la châsse au milieu du choeur. 

La restauration de 1922

Elle fut restaurée pour la dernière fois lors de l’ouverture de 1922. 

Le Bulletin de la Commission royale d’Art et d’Archéologie de 1923 nous apprend que :

 

Il a été procédé, les samedis 25 février et 4 mars 1922, dans l’atelier de MM. Devroye frères, orfèvres, place du Musée à Bruxelles, à l’examen de la châsse de sainte Renelde appartenant à l’église de Saintes.  M. Sibenaler, membre correspondant pour le Brabant, assistait à cette inspection.  La châsse dont il s’agit date de la première moitié du XVe siècle.  Des restaurations maladroites en ont altéré le caractère original.  Elle conserve nénamoins dans ses parties essentielles, un grand intérêt : il est désirable qu’une restauration bien étudiée et bien comprise lui rende son premier aspect.  Cette restauration complète serait d’ailleurs peu couteuse; elle ne dépasserait pas, suivant une évaluation approximative, faite par les orfèvres MM. Devroye, la somme de 6000 francs.  Cependant, si la fabrique d’église ne possède pas les ressources nécessaires à l’exécution de ce travail d’ensemble, elle pourrait faire procéder successivement, au fur et à mesure de ses disponibilités budgétaires.  Mais ce procédé aurait le grand inconvénient de faire faire à la châsse de nombreux et périlleux voyages. 

De l’examen approfondi auquel se sont livrés les délégués de la Commission royale, les travaux suivants s’imposent dans l’ordre où ils sont repris ci-après :

  • Renouvellement du grand crêtage et remplacement de la base suivant un projet qui devra être soumis pour avis à la Commission royale.
  • Remplacement des terminaisons des gables ainsi que des parties pyramidales des pinacles.  Les terminaisons de ces gables devront être modelées sur les deux faces. 
  • Lavage des fonds et dorures au mercure des piedestaux, pinades, gables et crochets.
  • Consolidation des figures et ajoute des attributs manquants.
  • Modification et remplacement des petits crêtages.

Les trous des vis qui se remarquent à chacun des quatre angles de la châsse devront être maintenus. 

La Commission royale s’est ralliée à l’avis de sa délégation.

Médaillon ovale de la face postérieure du socle : « HIC THECAM / SACRAE REYNELDIS / VIRGINIS ET MARTYRIS / SACRUM CORPUS AC SANCTOS CINERES / CUSTODIENTEM CURA SUMPTIBUSQUE / REVERENDI DOMINI B. CHOISET / PASTORIS ET PAROCHIANORUM / IN PRISTINO CHARACTERE RESTITUIT / BRUXELLENSIS JOSEPHUS DEVROYE / ANNO REPARATE SALUTIS / MDCCCCXXII ». 

Sur le chandrein du socle de 1922, nous lisons une inscription (reprenant peut-être une autre qui l’aurait précédée ?) : « + DEUS. DA. QUESUMUS. FAMULIS. TUIS. OMNIUM. VENIAM. PECCATORUM. UT. INTERCESSIONE. SANCTAE. / REYNELDIS. VIRGINIS. ? / ET. MARTYRISA. A. CUNCTIS. MEREANTUR. ARVERSITATIBUS. LEBERATI ». 

L’ouverture de la châsse en 2000

Le 19 mars 2000, la châsse fut à nouveau ouverte et les préciseuses reliques reconnues canoniquement par Monseigneur Van Cottem.  Les restes sacrés furent exposés durant toute une semaine.  On en profita pour examiner attentivement les ossements et le reliquaire et pour photographier le tout.  Aucune restauration ne fut nécessaire à cette occasion. 

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Les reliques de sainte Renelde

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Culte des reliques à Saintes

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Traditions liées à la châsse et aux reliques

Dernière version : 22/06/2013© Luc DELPORTE

 

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