Les cloches de l’église Sainte-Renelde des origines à la Seconde Guerre Mondiale

Les cloches de l’église Sainte-Renelde des origines à la Seconde Guerre Mondiale

RE – MI – FA, telles sont les notes des cloches se trouvant dans la clocher et qui rythment la vie des habitants.  Elles s’associent aux joies lors des baptèmes, mariages, aux fêtes religieuses, et aussi aux peines – « on sonne à mort » disait-on autrefois – et le glas permettait aux oreilles attentives de déterminer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme.  Il est certains que par suite d’une bénédiction solennelle les cloches sont essentiellement destinées au culte; elles appellent les fidèles aux services divins et rehaussent les cérémonies.  Mais elle sont utilisées aussi pour usage profane, par exemple l’annonce d’événements calamiteux, de commémoration des grands événements, …  Plus simplement, elles rappellent la présence de l’église par les trois angelus quotidiens. 

Les archives mentionnent les choches depuis toujours.  Une des plus anciennes mentions se trouve dans un obit du 9 mai 1451 : « … et le clercq qui aidera à dire la messe et sonnera les cloques … ».  Un autre obit donne : « … aider à chanter et sonner les cloques … ».  A l’occasion de la fondation d’une messe du Saint-Sacrement le 18 juin 1483, le texte donne : « … qu’il soit payé à chacun et perpétuellement au chapelain qui chante la dite messe … aux curet de la ditte église pour aussi aider à chanter la dite messe … et au clerc d’icelle église … pour aider à chanter et pour sonner et tribouler les cloques de la dite église … ».  Sans doute était-ce le cas depuis qu’une église existe à Saintes !

Mais les cloches actuelles sont plus récentes.  Chaque fois que cela s’avérait nécessaire, les cloches étaient refondues, ce qui a laissé quelques traces dans nos archives. 

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Les refontes des cloches

En 1671 (18 juillet), par exemple, Hélène Malineus, dame de Saintes, fit une importante donation de 2000 livres pour la confection de la plus grosse cloche de l’église. 

Elle semble avoir été fondue par un certain Jan Peeters, comme l’atteste une quittance retrouvée dans les archives paroissiales. 

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Le soubsigné cognoy et confesse d’avoir receu des gens de loy de Saintes venant du contoir de madame saincte Reynelde la somme de six patacon à bon compte sur ses gaiges du fondaige de la grosse cloche dudit Sainctes faite le XIIe de may 1671.  [Signé :] Jan Peeters. 

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La fonte de cette cloche ne se fit pas sans problème.  Le 10 mars 1671, Mr Parmentier, probablement l’homme de loi du seigneur de Saintes, fait savoir que le seigneur avait interdit de fondre la cloche avec les inscriptions proposées et demandait qu’elles soient modifiées.  L’inscription qui avait suscité cette réaction n’est malheureusement pas connue, ni celle qui la remplaça probablement.   

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A Braine-le-Comte le Xe mars 1671

Monsieur

La lettre du seigneur de Saintes contient quil ne veut point que la cloche soit fondue avecq l’escriteau que le clocqman m’at monstré, et à quel pris que ce soit debvoir être changé pourquoy il vous plaira de tenir la main que rien ne se face à notre insceu, il me semble que nous debvons bien le respect au seigneur qui sans luy la choche ne se pouvoit achever de longtemps au regard du placcart en voicy une iterative et puis tousiours,

Monsieur, votre très humble serviteur.

N. Parmentier.

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Une autre cloche fut fondue en 1714.  C’est ce qui ressort d’une quittance de livraison effectuée, par ordre du mayeur, par Guillaume van Langenhove à l’occasion de la fonte d’une cloche.  Il fut payé pour une partie le 19 juillet 1716 et pour le solde le 2 février 1717. 

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Guillaume van Langenhove a livré pour leglise de Saintes pour quant on a fondu le cloches le 26 fevrier 1714 par ordre du mayeur.

  • Premièrement 105 lb de ferd —————- 8 fl 18 3/4
  • le 13 avril 114 lb ——————————- 9fl 14 1/2
  • le 19 dito 404 lb ——————————- 34 fl 7
  • le 6 may 1 lb et demy quartron d’assy —– 0 fl 6 3/4
  • le 1 juin 103 lb en deux barres ————– 8 fl 15 1/4
  • pour la dédicace 1714 30 lb de poudre — 12 fl
  • pour la dédicace 1715 30 lb de poudre — 12 fl
[total : ]  ———————————————— 86 fl 2 1/2

Receu le 19 juillet 1716 de Guillaume Plétin la somme de cinquant 5 florins à conte de la susditte livrance faite le jour que dessus est.  [Signe : ] G. v. Langenhove 1716.

Receu du susnomé le 2 février 1717 la somme de trente six florins 2 1/4 pour rest et entier payement de la susditte livrance. [Signé : ] G. v. Langenhove 1717.

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Une autre cloche fut refondue par Mr Drouot, fondeur de cloche à Petit-Enghien, en 1737.  La quittance du payement de la somme de 100 florins est datée du 24 juin 1738.  La somme de 58 florins fut versée à Paul Joseph Dubreux pour le métal en décharge de la somme due à Mr Drouot.  Finalement, le 30 novembre 1738, une autre somme de 90 florins fut encore payée à Mr Drouot pour le même travail.   

C’est vraisemblablement cette cloche qui existe toujours et qui fut restaurée en 2005 en Allemagne.  Il a dès lors été possible de l’examiner de près et de retranscrire les incriptions qui y figuraient :

[1] [en guirlande sur trois lignes]

† L’AN 1737 je suis refondue aux fraix de cette eglise par les soins de E de Tournay mayeur de ce lieu et J J Soumillon ↓ j de Broux j Stourme P J Landaucte echevins ayant pour parain mre Michel Mathieu pasteur de cette paroisse et pour ↓ maraine Petronille Clasce censiere de la cense de Ste Rainelde

 [2] [représentation des 12 apôtres en reliefs de petites tailles sur une ligne tout autour de la cloche]  

[3] [représentation de sainte Renelde en relief de petite taille] [représentation d’un médaillon figurant des armoiries ?]

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Quittances des payements effectués à Mr Drouot pour la fonte d’une cloche, 1738.

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Une des cloches qui fut enlevée par les Allemands datait de 1837.  Elle avait été fondue par Mr André Louis Van Aerschodt – Vandengheyn, fondeur de cloche à Louvain.  C’était la grosse cloche, donc probablement celle qui datait de 1671.  Un passage des archives paroissiales signale qu’en 1837 : « le Conseil de Fabrique fit un arrangement avec Mr André Louis Van Aerchot, fondeur de cloches à Louvain, pour lui laisser refondre la grosse cloche qui est fêlée, moyennant que le métal qu’il y aura d’excédent, puisse servir de payement pour frais de confection et moyennant que ledit excédent soit évalué à 90 centimes la livre de Brabant; la grosse cloche fêlée n’ayant en réalité que le poids de 2952 livres de pesanteur de métal; les deux petites cloches aussi fêlées, ayant la pesanteur d’environ 600 livres de métal, les trois couples de vieux marbria de métal ne peuvent plus servir tels qu’ils sont, pesent environ 260 livres, le tout ensemble 3818 livres.  Il résulte que pour refondre la dite grosse cloche, tel quil convient, il faudra erncore 176 livres d’autre métal, lequel coûterait pour façon avec la matière à livrer la somme de 243 frs 18 centimes (134 florins brabant).  Le Conseil de Fabrique consent 1° à ce que les deux petites cloches et marbriaux soient livrés à André Luis van Aerschot à l’effet que tous les métaux servent pour confectionner une nouvelle cloche, 2° en outre 176 livres de métal soient livrés au fondeur auquel est consenti de payer 243,18 frs pour ce dernier métal et sa confection ». 

La quittance pour la refonte de la grosse cloche date du 27 novembre 1838. 

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Quittance du payement à Mr André Louis Van Aerschot pour la fonte de la grosse cloche, 27/11/1838.

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En 1851, le 7 avril, une convention entre le curé Philippe Steen et Alphonse B. de Rosée, fondeur de cloche à Moulins, nous apprend que l’on fit fondre une nouvelle cloche de 250 kg environ, « bien coulée, exempte de défaut, d’un bon son ».  Cette convention indique que l’alliage devait être de 4/5 de cuivre rouge et de 1/5 d’étain.  Une ancienne cloche « cassée, félée » d’un poids de 150 kg environ avait été fournie au fondeur, cloche dont le métal devait servir à la fabrication de la nouvelle cloche, à raison de 280 frs de déduction les 100 kg.  La nouvelle cloche était garantie pendant 1 an.  En cas de défaut, le fondeur s’engageait à la remplacer à ses frais par une autre de même poids.  La livraison de la nouvelle cloche devait se faire dans les 6 semaines suivant la signature de la convention, à la station de chemin de fer de Tubize.  Le prix était fixé, après déduction du métal de l’ancienne cloche, à 350 frs les 100 kg, payable pour la moité à 6 mois et pour le solde à 1 an. 

La facture date du 21 juin 1851.  La cloche avait été livrée à la gare de Tubize.  La nouvelle cloche pesait exactement 257 kg 340.  Le prix total était de 888,80 frs. 

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Convention entre le curé de Saintes et Mr de Rosée, fondeur de cloche, pour la fonte d’une nouvelle cloche, 7/4/1851.

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Facture de la nouvelle cloche, 21/6/1851.

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Tarifs pour l’utilisation des cloches

Faire sonner les cloches n’était pas gratuit.  Des tarifs existaient.  Voici, à titre d’exemple, celui qui fut arrêté en séance du Conseil de Fabrique du 6 juillet 1856. 

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Tarif pour la sonnerie des cloches, 6/7/1856.

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Dernière version : 22/06/2013 – © Luc DELPORTE

 

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