Le remplacement des cloches enlevées durant la guerre (1948-1953)

Le remplacement des cloches enlevées durant la guerre (1948-1953)

 

Dès la fin des hostilités, les autorités ecclésiastiques ont entrepris les démarches nécessaires pour remplacer les cloches qui avaient été enlevées par les occupants allemands en 1943.  Ce ne fut pas une mince affaire.  La retranscription des extraits qui suivent en donne une idée.  Ils proviennent tous du registre des délibérations du Conseil de Fabrique de l’église de Saintes. 

 Cette cloche fut restaurée en 2005 en Allemagne.  Exposée dans le fond de l’église, il a été possible de noter soigneusement les inscriptions qu’elle porte :

 

[1]

Je m’appelle

« perseverantia »

Mon parrain : Mr l’avocat Raoul Blondeau

Ma marraine : Madame Raoul Blondeau

S.S. Pie XII, pape

S.E. cardinal Van Roey, archeveque de Malines

Reverend abbe Nestor d’Aout, cure de Saintes

Les liquidateurs de la Ste anonYme « Perseverantia » à Saintes

Mr Albert Speeckaert, château de Mussain à Saintes

Mr Raoul Blondeau avocat à la Cour d’Appel à Saintes

Fondue par G. Slegers, Le petit fils des CAusard a Tellin

 [2]

[représentation du Christ en Croix]

 

Gaudetur Jesus Christus

 [3]

Saints Patrons priez pour nous

[représentation de Gondulphe – Renelde – Grimoald]

 En 1837 trois cloches felees furent refondues

en une grosse cloche « Raynelde Pharailde »

qui en 1943 fut enlevee par les allemands

dont les armees occupaient la Belgique

et en 1950 la Ste anonyme « perseverantia » à Saintes

offrit la nouvelle cloche de 1450 kgs

.

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  • ACS, 80 : Registre des délibérations du Conseil de Fabrique d’église de Saintes depuis 1942.

[/list]

 

  • Séance du 1er dimanche d’avril 1948

Cloches.  Le Conseil de Fabrique de l’église de Ste Renelde à Saintes a décidé en séance du 1er dimanche de juillet 1948 de mettre en adjudication sur appel dans le pays en ordre de marche, fourniture et placement de 2 cloches en remplacement de celles enlevées par les allemands et ce suivant cahier de charge modèle 20.614 C du ministère de la justice.

Cloche en métal de première qualité, sans défauts avec ornementation.

Le Conseil de Fabrique charge le secrétaire, conformément à la circulaire ministérielle, de s’adresser au trois fonderies y signalées, nommées et reconnue pour fournir le devis des cloches de 180 – 840 – + 1000 et 1400 kg, et pour l’installation ultérieure des cloches selon poids – installation et autres conditios y fixées. 

 

  • Séance du 1er dimanche de juillet 1948

Les cloches enlevées.

Au sujet du document ministériel du 5 mai 1948

Ministère de la justice

Administration du culte

2e section

Litt. 1.104 + 5 annexes

 

Le Conseil de Fabrique de l’église de Ste Renelde à Saintes en la dite séance en réponse au document ministériel cité plus haut

Sollicite l’autorisation d’effectuer des travaux pour le remplacement des cloches enlevées par la firme Van Campenhout de Haren-Nord au profit de l’occupant allemand en août 1943. 

Sollicite à cet effet l’intervention financière de l’Etat suivant indication du document ministériel. 

 

  • Séance du 1er dimanche de juillet 1949

Mr le secrétaire N. D’Août, curé, expose le résultat de ses démarches pour le renouvellement des cloches enlevées par l’occupant allemand pendant la guerre.

Les projets sont les suivants

1)    remplacement et renouvellement de la plus grosse cloche (circiter 1400 kg) (840 kg déclarés).

2)    Renouvellement de la plus petite cloche (180 kg déclarés par les allemands) en réalité 257 kg. 

En réalité, il y a vol et fourberie dans la déclaration du poids par les allemands et l’usine Vn Campenhoud de Haeren, intermédiaire.

Les poids réels des deux cloches étaient respectivement de 1400 (circiter) et 257.

Pour cette seconde cloche on projetterait de la porter au poids d’environ 900 kg pour avoir une consonnance parfaite avec les deux autres cloches.

Donc environ     1400 kg pour la plus grosse

            1100 kg pour celle en service

    environ    900 kg pour la plus petite

            (le Re, le Mi et Fa dieze)

Il est a noté que pour les 2 cloches enlevées par l’occupant, celui-ci et l’usine citée plus haut n’ont voulu reconnaître qu’un poids total de 1020 kg. 

Le Ministère de la Justice ne veut admettre que les déclarations des allemands.  Par conséquent, il veut rembourser seulement pour un poids de 1020 kg. 

La soumission faite par la fonderie des cloches de Tellin – d’un total de 72.800 a été admise par le conseil de Fabrique et approuvée par le Gouvernement (Fonderie de cloches Slegers et Causart à Tellin, Luxembourg). 

La Société A. « Perserantia » de Saintes : Président Mr Speeckaert.  Trésorier Secrétaire Mr Blondeau, société en liquidation,laisse une somme au profit de la paroisse d’environ 75 à 85.000 fr.  On projette de l’affecter à l’achat de la plus grosse cloche. 

2)    Le battant de la cloche restée dans le clocher doit être réparé.

 

Jusqu’ici :

1)    on dispose d’une somme de 72.000 fr à payer par le gouvernement dans X temps et qui devra être avancée.

2)    L’ex. Société Anonyme Perseverantia aura une somme disponible de 75 à 85.000 fr.

3)    Ces sommes suffiront à peu près pour les cloches

Mais les accessoires s’élèveront encore de 60 à 70.000 fr. (Angelus, roulements à billes, électricité et moteur, etc.).

 

  • Séance du 1er dimanche de juillet 1950

Avaient été convoqués à la séance Mr Blondeau, avocat, trésorier liquidateur de la société A. « Perseverantia », Mr Slegers, fondeur de cloches à Tellin.  Mr le curé Nestor D’Août, secrétaire, expose le résultat de ses démarches faites pour obtenir le remplacement des cloches volées en 1943 par les occupants.  Il a obtenu du ministère de la justice, après 3 ans de démarches incessantes, une indemnité de 72.800 fr. à toucher lors de la livraison et du contrôle d’une nouvelle cloche pour les 2 cloches volées, d’un poids réel de 1400 kg et 257 kg, mais dont le poids déclaré par les allemands aurait été de 860 et 180 kg seulement.  Il est à noter que, devant l’état, cette seule déclaration allemande pouvait faire foi, quelques soient les preuves contraires.

1) donc, d’après avis officiels du ministère de la justice (à controler à ce sujet le dossier) une somme de 72.800 fr doit être attribuée à l’église de Saintes pour achat et après fonderie et livraison d’une cloche.

2) Ensuite Mr Mr les liquidateurs de la S.A. « Perseverantia » ont décidé que le produit de la liquidation, soit 85.000 fr, serait affecté à l’achat d’une deuxième cloche.

3) La fabrique d’église dispose donc d’une somme totale de 85.000 + 72.800 fr, soit 157.000 fr.

 

Les deux cloches volées, dont l’une de 1500 kg, l’autre de 257 kg en réalité (conferatur la documentation des années 1830 à 1851) seront remplacées par deux belles grosses cloches, une de 1500 kg et une de 900 kg à peu près.

1) La plus grosse de 1400 à 1500 kg, de même poids, timbre et son que celle qui avait été enlevée.

2) L’autre devrait avoir un poids de 880 kg (entre 850 et 900 kg) pour avoir la consonnance au lieu de 257 kg.

3) La cloche de 1100 kg, qui est la plus ancienne, aura son battant défectueux remplacé par un nouveau battant.

Aussi, on aurait à Saintes une magnifique sonnerie donnant

Pour la cloche de 1500 kg      le Ré

Pour la cloche de 1100 kg     le Mi

Pour la cloche de 900 kg     le Fa dièze

 

Pour la réalisation de ce travail, il est proposé d’avancer un fondeur Slegers de Tellin, la somme immédiatement disponible de 85.000 fr. provenant de la Perseverantia et comme garantie de payement. 

Les cloches devraient être achevées et installées pour janvier 1951. 

 Les propositions sont adoptées à l’unanimité des membres du Conseil de Fabrique, de Mr le Liquidateur de la S.A. Perseverantia, l’avocat Blondeau, et du fondeur de cloche Slegers de Tellin. 

 Il est décidé que Mr l’avocat Blondeau verse sans retard le disponible de 85.000 fr. de la « Perseverantia ».

 Il restera peut-être encore l’installation électrique à faire pour la sonnerie électrique des 3 cloches et pour suppléer à la main d’œuvre qui fera défaut pour la mise en mouvement des cloches.  Le Conseil de Fabrique décidera en temps opportun ce qui sera à faire.  Cette installation monterait à 50.000 fr pour les trois cloches ; on pourrait faire appel à l’intervention pécuniaire de la paroisse, déjà favorisée par l’achat des cloches sans concours aucun de sa part. 

 Fait et approuvé unaniment en séance régulière du Conseil de Fabrique du 1er dimanche de juillet 1950. 

 

Copie conforme de l’accord pour les cloches

Devis proposé par les fils Causard Slegers de Tellin, proposé à et accepté par le Conseil de Fabrique de l’église de Saintes par lettre datée du 24 juin 1950 et accepté et signé par le Conseil de Fabrique de Ste Renelde à Saintes en séance du 1er dimanche de juillet 1950.

Devis.

1) Fourniture de 2 cloches RE et FA# en accord avec le MI existant et pesant respectivement 1450 et 870 kg, à raison de 57 fr le kilo … fr 132.240

2) Fourniture des battants … fr 4.560

3) Fourniture d’une monture complète pour le FA#

     2 roues métalliques pour le RE et le MI

     Placement des 3 cloches sur roulements à billes … fr 14.000

4) Transport, frais de mise à la bénédiction et placement des cloches, y compris salaire des ouvriers, lois sociales, assurances, pensions … fr 7.000

Total : fr. 157.800

Les cloches seront en bronze de toute première qualité, composé de 78 % de cuivre et de 22 % d’etain. 

Les ornementations et les inscriptions figureront sur les cloches sans augumentation de prix.

Tolérance : 5 % en plus ou en moins sur le poids.  Il en sera tenu compte lors de l’établissement de la facture.

Garantie : dix ans contre fêlures ou bris pouvant provenir d’une sonnerie régulière

Paiement : un à compte de 85000 fr sera versé immédiatement.  Le solde , soit 72.800 dès remboursement de cette somme par l’état.

Au total : 157.800 fr.

Pour accord                          Pour accord

N. D’Aout                                   Slegers

Curé de Saintes                            Succesion Causard

                                        Tellin

Vu et approuvé par le bureau des Marguilliers de l’église de Saintes.

 

  • Séance u 26 novembre 1950

Les nouvelles cloches – attendues pour janvier – ne pourront guère être placées avant la réfection totale du clocher, travail pour lequel la soumission aurait lieu le 12 décembre prochain. 

 

  • Séance du mois de janvier 1951

Le Conseil de Fabrique a décidé d’accepter la proposition de « l’alliance dramatique saintoise » de verser au fonds de cloches le bénéfice de 2 représentations qu’elle donnera les 11 et 18 mars prochain.  Le secrétaire a été chargé de notifier cette acceptation. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’avril 1951

Lecture est donnée par Mr le curé d’une lettre du ministère de la Justice, d’où il résulte que le dossier du clocher est toujours au ministère aux fins d’approbation par le Ministre des Travaux publics.  Il est décidé de faire des démarches pour hâter une prompte solution. 

 

  • Séance du 1er dimanche de juillet 1951

Mr le curé donne connaissance d’une lettre du ministère annonçant une décision favorable, sous peu, en ce qui concerne la restauration de la tour de l’église Ste Renelde.  Mr Slegers, fondeur des 2 cloches à installer dans la tour, nous avise qu’elles seront prêtes dans le courant d’octobre.  Le clocher devra donc être prêt pour cette date.  On décide d’insister auprès des pouvoir compétents pour une accélération de l’octroi des subsides. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’octobre 1951.

L’administration communale nous avise que l’on doit commencer d’urgence la réfection du clocher – ordre du ministre – mais jusqu’à présent aucune date n’a encore été décidée pour le début des travaux.  Il est fort à craindre que nous ne devrons encore patienter un hiver, ce qui sera tout à fait préjudiciable. 

De son côté, le fondeur, par suite d’un accident technique devra retarder la fourniture des cloches. 

 

  • Séance du 1er dimanche de janvier 1952.

Le Conseil de Fabrique prend connaissance d’un arrêté royal concernant les parts d’intervention des pouvoirs publics dans la dépense concernant le clocher de l’église de Saintes et souhaite voir ces travaux mener à une prompter exécution.

Le secrétaire lit également une lettre de Mr Slegers, de Tellin, se rapportant aux inscriptions des cloches qui sont approuvées.  Ces dernières seront mises en fabrication à partir d’avril. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’avril 1952.

Les cloches malheureusement, par suite d’un accident à l’un des fours rendu inutilisable, ne pourront être livrées à l’époque espérée.  Mr le curé ira, aussitôt que possible, voir Mr Slegers sur les lieux. 

 

  • Séance du 1er dimanche de juillet 1952.

Mr le curé s’étant rendu à Tellin chez le fondeur de cloches, Mr Slegers, ce dernier a promis de tout mettre en œuvre pour que les cloches soient livrées en octobre. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’octobre 1952.

Mr Speckaert, ayant quitté Saintes définitivement vient de faire savoir que, dans ces circonstances, il ne désire plus être parrain d’une cloche – dont acte – Mr le docteur Noordens le remplacera, avec l’approbation de tout le Conseil de Fabrique. 

Mr Slegers nous annonce que les deux cloches sont maintenant en bonne voie de fabrication et qu’il espère pouvoir les couler vers la fin du mois. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’avril 1953.

Nous recevons la nouvelle que le ministère vient d’autoriser le Crédit communal de Belgique à payer à Mr Slegers, fondeur à Tellin, la somme de 72.800 fr pour pris de la cloche que Mgr Schoenmackers a bénite le 18 janvier dernier et dont le parrain était Mr H. Wautier, président de la Fabrique d’église, et la marraine sa femme, Mme Henri Wautier.  Cette bénédiction eut lieu dans une église comble en présence du Conseil de Fabrique, de Mr l’abbé Crevecoeur, doyen de Tubize, du bourgmestre Mr Trullemans Joseph, de 2 échevins et de conseillers communaux.  La seconde cloche ne tardera plus. 

 

  • Séance du 1er dimanche d’avril 1954.

En septembre 1953, la seconde cloche a été consacrée par Mrg. Van Lierde, sacriste de Sa Sainteté le pape Pie XII, en présence des autorités civiles et religieuses. 

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