L’origine de la communauté villageoise de Saintes

Dès le XVIe siècle, les mentions de la « communauté » se font moins rares dans les documents.  Sans doute était-ce déjà une réalité auparavant, sans que le terme soit explicitement utilisé dans les textes. Au milieu du XVIe siècle, il est question de la « plussame partie de la communauté de laditte seignourie de Sainctes ». Les documents des XVIIe et XVIIIe siècles évoquent souvent la « communauté de Saintes et du Pont-à-Wisbecq », les habitants des seineuries de Saintes et du Pont-à-Wisbecq étant « cotisés » ensemble dans les « aides et impositions » qui frappaient le village.  La seigneurie de Mussain continuera longtemps à constituer une unité fiscale distincte.  Sur la base des dénombrements de foyers, c’était déjà le cas au XVIe siècle. L’origine de cette division doit être trouvée dans le morcellement seigneurial du terroir saintois.  L’union des seigneuries de Saintes et du Pont-à-Wisbecq aux mains des mêmes seigneurs dès la première moitié du XIVe siècle explique probablement que les habitants de ces deux seigneuries ont fini par faire partie d’une seule et même entité administrative, mais surtout fiscale.  Lorsque, plusieurs siècles plus tard, la seigneurie du Pont-à-Wisbecq connut à nouveau un destin différent de celle de Saintes, l’habitude de les traiter conjointement du point de vue administratif et fiscal était bien ancrée et elle perdura jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.  La seigneurie de Mussain, par contre, continua à être « cotisée » à part. La seigneurie d’Herbecq, traitée distinctement de la seigneurie de Saintes au XIVe siècle, a de toute évidence été absorbée dans l’entité fiscale saintoise par la suite.  Jamais la seigneurie de Ramelot n’est citée explicitement dans les dénombrements de foyers.  Insignifiante du...

Le dénombrement de la population de Saintes en 1709

Le grand hiver 1708-1709 fut particulièrement rude et 1709 fut une année de grande famine.  Selon les chroniqueurs du temps, les semailles d’hiver furent anéanties par le gel et les fortes pluies.  Les récoltes furent catastrophiques.  La situation était telle que des mesures s’imposaient.  Dans tout le pays on se mit à recenser les denrées disponibles en vue de distributions à grande échelle.  C’est dans ce contexte que le dénombrement de 1709 fut commandé le 6/12/1709 par les députés du Pays et Comté de Hainaut en vue de déterminer les quantités de grains nécessaire à la population. Une copie de ce dénombrement est conservé dans les archives de la cure de Saintes.  Il est inséré dans un petit cahier qui contient également les visites effectuées par la loi du village pour évaluer les dégâts causés lors de la forte gelée de 1709. Ce cahier appartenait à Guillaume YERNAUX, mayeur de Saintes en 1709.  Son petit-fils, Adrien YERNAUX, l’avait donné en prêt à Jean Thomas BERT, dernier bailli de Saintes. C’est ce dernier qui sur une page du cahier nous explique son origine et en profite pour parler de sa situation personnelle. En voici le texte intégral.  Les graphies ont été respectées.  Le n° d’ordre de chaque ménage a été ajouté dans la première colonne pour faciliter l’indexation et les recherches de noms de famille. . Edition du texte Dénombrement de tous les personnes du village de S(ain)tes Pont à Wisbecqz faite par les mayeur et Eschevins de Sainctes soubsigné le 10e Xbre 1709 suivant le mandement et ordre de messeigneurs les deputtez des Estats du pays et Comté du Haynau auquel...

La population de Saintes sous l’Ancien Régime

Les dénombrements de foyers Les renseignements sur l’état de la population du village de Saintes sont rares sous l’Ancien Régime.  Les sources, peu nombreuses, sont peu fiables.  Par chance, nous disposons de l’excellent ouvrage de M.-A. Arnould sur les dénombrements de foyers dans le Comté de Hainaut.  Il nous sera d’un grand secours pour établir une estimation de la population au Moyen Age et au début des Temps Modernes. Pour nous y retrouver, signalons d’emblée que le village de Saintes était constitué de plusieurs entités distinctes au point de vue fiscal : Saintes, Wisbecq, Mussain et Herbecq. En 1365, Saintes faisait partie de la Prévôté de Mons et comptait alors 140 feux (c’est-à-dire foyers).  Herbecq (Herrebeek) comptait alors 18 feux et faisait partie de la Châtellenie de Braine-le-Comte.  Etaient exemptés d’imposition : le seigneur de Saintes, le curé, Gérard de Mussain et 9 foyers pauvres. De ce taux assez élevé de population on dégringola, une quarantaine d’année plus tard (en 1406), à un total de 47 feux seulement pour « Saintes, Mussain, Wisebeck et Herlebecq ».  Le village, qui faisait alors partie de la terre d’Enghien, s’était donc dépeuplé d’environ deux tiers de ses habitants.  Comment expliquer une telle régression ?  Les effets de la grande peste, si toutefois elle toucha Saintes, auraient dû déjà se faire ressentir en 1365, et ne peuvent donc pas expliquer le taux si bas de 1406.  Il semble que le nord-est du comté de Hainaut fut assez peu touché par la grande peste du milieu du XIVe siècle, mais bien plus par les épidémies qui se succédèrent à la fin du même siècle.  Cela explique peut-être...

Le massard et les collecteurs d’impôts

Le massard Le massard devait, en principe une fois par an, rendre compte de la gestion des biens et des affaires touchant à la communauté. Cela se faisait en présence et sous le contrôle du mayeur et des échevins, parfois aussi du bailli.  On y appelait parfois aussi les gens de la communauté. . Liste des massards de Saintes 1687 : Guillaume de Meur. 1710 : Gilles Stevens, receveur des biens des Pauvres. 1734-36 : Eustache de Tournay. 1746, 1752, 1767, 1770 : Maurice François Duwelz. 1755, 1757, 1770 : J. Le Poivre, maître maçon, receveur des Pauvres. 1758 : Pierre François Bert, receveur des Pauvres. 1764-65-66 : Gilles Yernault, maître arpenteur juré. 1782 : Jacques Gondry. 1821 : Thomas Coupez . Les collecteurs d’impôts La perception de l’impôt était confiée à un « collecteur ».  Il ne semble pas que les habitants devaient porter eux-même « les tailles et autres subsides » au domicile du collecteur ou à tout autre lieu désigné à cet effet à une date déterminée.  Il fallait donc se transporter de maison en maison, avec toutes les difficultés que l’on peut imaginer. Le collecteur devait généralement déposer un cautionnement.  Aucune capacité spéciale – sinon savoir lire et écrire – ni aucune compétence précise ne semble exigée.  Il était toutefois nécessaire que le collecteur ait du bien, pour fournir les garanties souhaitables.  La responsabilité personnelle que devaient engager les collecteurs n’était pas un vain mot.  Il arrivait fréquemment qu’il soit dans la situation de devoir faire des avances, sans pouvoir exiger aucun intérêt.  Par ailleurs, il était généralement impossible de faire rentrer toutes les impositions avec exactitude. Le devoir premier du collecteur était normalement de tenir un...

La gestion des finances de la communauté villageoise

La gestion des recettes et des dépenses de la communauté rurale était de la responsabilité des représentants de cette communauté, ceux que l’on appelait les « gens de loi » ou « la loi » du village, à savoir le mayeur et les échevins de Saintes.  Ceux-ci confiaient la comptabilité à un officier, une sorte de receveur communal avant la lettre, appelé massard.  Les comptes qu’il rendait, en principe chaque année, étaient appelés les comptes de massarderie.  Mais cette comptabilité n’était pas toujours unique.  En parallèle, d’autres officiers, étaient également en charge de collecter certains revenus spéciaux, notamment ceux procurés par la levée d’impôts locaux, et de procéder au moyen de ces recettes aux payements ordonnés par la loi du village.  Pour simplifier, on pourrait dire que la gestion des finances de la communauté était assurée par la loi du village, qui en confiait la comptabilité à un ou plusieurs officiers, selon qu’il s’agisse de revenus procurés par les biens propres de la communauté (massard) ou de revenus procurés par la voie des impôts (collecteurs des tailles, XXes, feux, Cheminées, etc.). . Dernière version : 11/07/2013 – © Luc...

Les dépenses de la communauté villageoise

Des dépenses toujours plus lourdes Les revenus ordinaires de la communauté, éventuellement complété par la levée d’impôts spéciaux, devait permettre de faire face à des obligations de plus en plus nombreuses et onéreuses : payer les « aides » sollicitées pour les besoins des armées, pour la construction de routes, etc. par les Etats provinciaux et le pouvoir central ; restaurer les finances locales obérées par les frais de logement et les réquisitions exorbitantes des « gens de guerre » ; parfois supporter les dépenses d’un long procès ; de temps en temps exécuter des travaux publics : reconstruction ou réfection de la nef et de la tour de l’église (milieu du XVIe siècle), entretien de la voirie, des ponts, de la muraille du cimetière, de la fontaine publique, de la cloche paroissiale ; supporter divers frais comme l’enseignement primaire, rembourser aux fonctionnaires locaux leurs dépenses de voyage ou leurs vacations extraordinaires, donner des gages au massard, au bailli, au greffier, aux mayeur et échevins, aux sonneur, etc., supporter l’entretien des enfants abandonnés ; payer les canons des rentes vendues. Etc. L’impôt frappant les communautés rurales Sous l’Ancien Régime, les autorités centrales sollicitaient des Etats provinciaux des « aides et subsides », dont elles chiffraient le montant.  C’étaient ensuite les Etats qui en assuraient la perception, comme bon leur semblait, essentiellement sous la forme d’impôts directs qui frappaient les communautés villageoises et urbaines. Ces impôts généraux n’étaient pas les seules charges qui grevaient les finances locales.  Il fallait encore y ajouter l’entretien et les gages d’une série de « fonctionnaires » communaux (prestations des autorités locales, maître d’école, greffier, massard, …), les frais de passage et du logement des gens de guerre, et les...