Les seigneurs de Saintes : Gillard de Saintes … 1206 – 1137 …

Gillard, fils de Pierre de Saintes Gillard de Saintes apparaît pour la première fois en mai 1206, en compagnie de son père, Pierre avoué et seigneur de Saintes. [Th. LEJEUNE, Histoire civile et ecclésiastique de la ville de Soignies, s.d., Mons – Bruxelles, pp. 297-298, n° XXX]  Il devait donc être féodalement majeur à ce moment là, ce qui place sa naissance au plus tard vers 1185-1190. Il apparaît seul en 1221, mais est encore qualifié de fils de Pierre, seigneur de Saintes (Signum Gillardi filii Petri domini de Saintes).   Il s’agissait d’un acte par lequel les chanoines de Soignies notifiaient et confirmaient que le seigneur Egéric de la Woupillière (sous Bierghes) avait donné en sainteure à Saint-Vincent sa serve Julienne de Bierghes. Gillard, seigneur de Saintes On sait qu’il faut fixer la mort de Pierre de Saintes vers 1235.  Il était encore cité en 1233 et son fils Gillard semble bien lui avoir succédé comme seigneur de Saintes en 1237. Gillard de Saintes apparaît, en effet, pour la dernière fois, en 1237 (Ghiselardus de Santen).  Il faisait alors partie de l’entourage d’Englebert, seigneur d’Enghien, comme avant lui son père. Dans cet acte, Arnould d’Aa confirmait au monastère de la Cambre les donations de son frère Walter et promettait de les lui garantir contre les réclamations de leur soeur Mathilde et du mari ce celle-ci, Thierry de Walcourt.  Le conflit avait été réglé par voie d’arbitrage.  On avait fait appel au noble seigneur Englebert d’Enghien et à d’autres hommes (non cités nommément) qui s’étaient rendus à Boscum (probablement Bois-Seigneur-Isaac) pour l’occasion.  L’acte était scellé par Arnould d’Aa, mais aussi...

Le régime domanial dans la villa de Quenestine à Saintes

A l’époque mérovingienne, les terres saintoises étaient exploitées au profit d’une famille de l’aristocratie foncière. Sainte Renelde, patronne du village, serait la dernière représentante de cette illustre lignée. Ce serait elle qui, au VIIe siècle, aurait fait don à l’abbaye de Lobbes de sa villa de Saintes, qu’elle tenait de sa mère, cum quinque villis adjacentibus eorumque appendiciis. [Acta Sanctorum Belgii Selecta, IV, 640] Il nous faut cependant attendre le IXe siècle pour que les textes nous livrent la première description de la terre de Saintes, alors appelée Quenestine. Elle nous est fournie par la descriptio villarum ou polyptyque de l’abbaye de Lobbes rédigé en 868-869. C’est cette description du domaine de Saintes à l’époque carolingienne qui servira de départ à toutes nos investigations. Une mise au point préalable ! Mais avant cela, il convient de dire un petit mot des différents auteurs qui ont utilisé ce polyptyque et les listes de biens de l’abbaye, et en particulier la description de la villa de Saintes. Le dernier auteur à avoir examiné de près cet ensemble documentaire lobbain et à en avoir fait l’édition critique est Jean-Pierre Devroey. C’est cette édition, la nomenclature qui y est utilisée et les datations qui y sont soigneusement établies que nous suivrons ici. C’est pour ne pas avoir eu recours à cette dernière édition et pour n’avoir pas tenu compte de l’analyse critique et de la datation précise qui y est donnée, que certains auteurs se sont fourvoyés encore récemment en utilisant ces documents. C’est le cas de Jan Verbesselt, dont il sera question plus loin, mais surtout de P. Pringels et M.-L. Bosman...

Le necrologium de l’abbaye Saint-Corneille et Saint-Cyprien de Ninove

Les nécrologues de l’abbaye de Ninove Trois nécrologues de l’abbaye de Ninove ont été conservés [AEBeveren-Waas, AN, 92, 93, 94]. Le plus ancien remonte aux années 1185-1188. Il fut par la suite complété par différentes mains. Le second date de 1652. C’est une copie intégrale du nécrologue précédant. Il fut ensuite utilisé de 1652 à 1694. Le dernier est une version fort remaniée du précédant et fut utilisé de 1694 à la fin du XIXe siècle. La continuité entre les deux premiers nécrologues est évidente, alors qu’il y a une véritable rupture avec le troisième. Dans son édition, Dirk Van De Perre a utilisé les deux premiers nécrologues seulement. Ces nécrologues recensent toutes les personnes dont les religieux avaient à commémorer la mémoire à la date anniversaire de leur mort. On y trouve les abbés, les chanoines, les frères convers et les soeurs converses de l’abbaye, mais aussi une série de laïques qui sont généralement des bienfaiteurs de l’abbaye. On y trouve ainsi quelques personnages qui intéressent directement l’histoire de Saintes ou ses environs. Le nécrologue de Ninove et l’histoire de Saintes Rappelons que la ferme et les terres de Herbecq, sous Saintes, ont été cédées à l’abbaye de Ninove en 1180 par un certain Jehan de Herbecq. Or, dans le nécrologue, on cite un premier Jehan de Herbecq, frère convers, à la date du 4 février; un second Jehan de Herbecq, censitaire, à la date du 22 septembre; un troisième Jehan de Herbecq, qui fut abbé de Ninove, à la date du 20 décembre; auxquels on ajoutera un certain Jehan de Saintes, à la date du 24 septembre....

Les services de guerre

Les services de guerre revêtaient une importance capitale au Moyen Age.  Ils trouvaient leur raison d’être dans la nécessité de défendre le sol seigneurial, mais aussi sa famille et ses biens. Parmi ces services, relevons l’ost du souverain, la chevauchée, de même que les services de garde. L’ost était de loin la plus lourde des obligations militaires qui pesaient sur les manants.  Au IXe siècle, cette obligation avait déjà été rachetée par les vilains du domaine de Quenestine.  Les tenanciers des manses ingénuiles, seuls susceptibles de participer à l’ost, payaient alors une somme forfaitaire de 8 sous.  Les tenanciers des manses serviles, eux, effectuaient encore des services de garde. L’ost et la chevauchée frappaient toujours les manants du seigneur de Saintes au XIIIe siècle. [AEM, OP, 858, Charte de Hugues de Saintes, 1258]. A la fin du XIVe siècle, les obligations militaires n’avaient pas encore totalement disparues.  En 1374, lors de la guerre féodale surgie entre Renaud de Brederode, seigneur de Gempe, et Jean de Schoonvorst, le bailli de Halle averti des pillages qui se commettaient dans les environs, dépêcha « bien en hastes » des lettres d’avis au bailli de Hainaut « pour cause de chevauchie qui li sires de Ghempe fist au pays de Brabant ».  Le bailli du Hainaut envoya alors un message au village de Saintes, le 21 mars 1374, « pour pryer as bonnes gens de la ville de Saintes que li plus aidanle et plus fort venissent pour aidier à warder la ville de Hal … » [G.P. SPEECKAERT, Saintes en Brabant … , p. 35] A la fin du XVIIIe siècle, des patrouilles étaient organisées par la loi...

Les corvées

Si les seigneurs abusèrent fréquemment de la taille, ils n’en firent pas moins avec les corvées dont l’origine remonte au système domanial du Haut Moyen Age et à la distinction entre réserve et tenures. A Saintes au IXe siècle, les corvées touchaient peu les mansionnaires du domaine de Quenestine.  La « Descriptio villarum » de l’abbaye de Lobbes ne signale aucune corvée de labour, de fanaison, ou de charrois de bois, mais s’étend sur l’organisation du transport de vin entre l’unique domaine viticole dont disposait l’abbaye, à Herly en Laonnois.  La villa saintoise y contribuait chaque année pour deux charrées.  D’autres corvées pesaient sur les manses dont les occupants étaient obligés de confectionner le brassin, de moudre la farine et d’effectuer un service de garde. L’arbitraire des avoués locaux modifia considérablement cette situation favorable aux paysans.  Au XIIe siècle, les seigneurs de Saintes, outrepassant leurs droits et profitant de leur puissance, imposaient aux habitants du domaine ecclésiastique des corvées à leur profit.  Probablement allaient-il trop loin dans leurs exigences et l’abbaye de Lobbes s’efforça, dans le règlement de 1173, de limiter les droits de l’avoué.  Ce dernier ne pouvait désormais plus prétendre à aucune corvée de charrue.  Il conservait cependant le droit d’exiger des manants des corvées de fauchage en août et de charrois en automne, mais elles étaient désormais soumises au jugement des échevins.   Les corvées : Vieil rentier d’Audenarde, f° 98v° et 156v°   Le régime des corvées imposées aux tenanciers du domaine ecclésiastique appartenant à l’abbaye de Lobbes était ainsi déterminé de façon précise.  Mais il est possible que ces corvées continuèrent à être très lourdes sur...

La taille

La taille était un impôt seigneurial qui, partout, se levait à volonté.  De toutes les charges qui pesaient sur les tenanciers, elle était celle qui se prêtait le mieux à l’arbitraire des seigneurs médiévaux.  Ce fut donc contre elle que se manifestèrent, au premier chef, les réactions des XIIe et XIIIe siècles qui aboutirent aux règlements d’avouerie, de mairie et aux chartes-lois. Le règlement d’avouerie de Saintes (1173) n’aborde toutefois pas la question.  Il est vrai que l’affranchissement des masses paysannes ne s’effectua que par étapes successives : la taille, les corvées, etc. ne furent pas toutes réglées au même moment.  Il fallut souvent plusieurs transactions, accords ou règlements pour aboutir au résultat final.  Ces accords ne faisaient d’ailleurs pas toujours l’objet d’un acte écrit. Souvent, la taille était rachetée par les collectivités moyennant le payement annuel d’une somme globale répartie sur tous les habitants, proportionnellement à leurs facultés réelles.  Ce fut peut-être le cas à Saintes.  La taille, bien que très probablement perçue par le seigneur de Saintes, n’a pas laissé de traces dans nos archives.   © Luc DELPORTE –...