Une continuité avec la période gallo-romaine ?

Une question qui divise Une des questions qui a fort divisé et divise encore les spécialistes est celle de la continuité entre le fundus gallo-romain et la villa du Haut Moyen Age. Deux écoles s’affrontent ici. La plus ancienne considère qu’il y a une continuité évidente entre le domaine du Bas-Empire et celui du IXe siècle. Déjà pour Fustel de Coulenges (1889), il avait la même étendue, les mêmes limites et souvent le nom qui lui avait été donné par un ancien propriétaire gallo-romain. Cette conception était défendue, parfois avec certaines nuances, par de grands historiens comme Ch.-E. Perrin (1935), A. Deleage (1941), M. Bloch (1942) et L. Genicot (1943). Le point de vue de Léopold Génicot L. Génicot, par exemple, met en avant la concentration de la propriété aux mains de riches propriétaires terriens au Bas-Empire. Il avance aussi des arguments d’ordre toponymique : les noms en -amus, -acus, -icacus, -avos et -ina, et d’autres formés à l’époque franque en -ville, villiers et -court, évoquent la présence de fundi. Il reconnait que beaucoup de ces villas avaient disparu au IVe siècle et que plus aucune n’était occupée au Ve siècle. On se demande donc si ces fundi ont survécu aux invasions ou si les conquérants francs ne les ont pas plutôt morcelés en petite propriétés libres. A cette question, l’auteur répond que, selon toute vraisemblance, l’établissement des Francs en Gaule n’a pas eu pour suite un morcellement systématique des fundi. Cela a pourtant provoqué, aux dépens de certains fundi qui disparurent ou furent amputés, un renouveau des moyennes et petites propriétés. Mais ce renouveau ne fut pas partout...
La propriété foncière dans la région au IXe siècle

La propriété foncière dans la région au IXe siècle

Les sources dont nous disposons – polyptyque et listes des biens de l’abbaye de Lobbes, diplômes des différents souverains en faveur des abbayes, chroniques et annales d’institutions religieuses, vies de saints, … – ne permettent pas de dresser un état des lieux de la grande propriété foncière dans la région avant le IXe s. Bien sûr, l’archéologie et la toponymie attestent, sans équivoque, que la région était peuplée bien avant cela (par des Celtes et par la suite par les Gallo-romains) et qu’elle connut un mode d’organisation poussé.  Mais la continuité entre ces structures antiques et les villages que nous connaissons encore actuellement n’est pas formellement établie.  Mieux, ces structures semblent même parfois être en total décalage par rapport aux terroirs et à leurs centres, tels qu’ils se constituent dès le Haut Moye Age.  La filiation entre les villae carolingiennes et nos villages est, par contre, parfaitement établie.  La villa de Saintes est clairement attestée et même décrite avec précision par les sources, dont les plus anciennes remontent au IXe s.  Saintes est cependant loin d’être le seul grand domaine de la région à l’époque carolingienne.  Beaucoup de ces villae appartenaient aux grandes abbayes et nous sont, de ce fait, connues ; d’autres restèrent aux mains de l’aristocratie et ne laissèrent dès lors guère de traces dans les documents. Les domaines d’abbayes E. DE MOREAU, Les abbayes de Belgique (VIIe-XIIe siècles), Bruxelles, 1952. (Collection « Notre Passé »). L. VAN DER ESSEN, Le siècle des saints (625-739). Etude sur les origines de la Belgique chrétienne, Bruxelles, 1943. (Collection « Notre Passé »). J. VERBESSELT, De invloed van de abdijen op onze dorpen, dans...